Kinshasa : quand la survie des vendeuses se heurte aux opérations policières au marché de Pompage

Le commissaire divisionnaire de la police ville de Kinshasa, Israël Kantu à Pompage
Le commissaire divisionnaire de la police ville de Kinshasa, Israël Kantu à Pompage

Au marché de Pompage, dans la commune de Ngaliema, plusieurs femmes vendent des légumes, des vivres frais, des épices, des fruits et des vêtements sans disposer d’un espace de vente formel. Faute d’infrastructures adaptées, elles s’installent à même le sol, au bord des routes, parfois directement sur le macadam. Une situation qui perturbe régulièrement la circulation et empêche certains véhicules d’accéder au site pour écouler leurs marchandises.

Parmi ces vendeuses figurent également des filles d’environ 10 ans et plus, qui transportent des bassines de légumes sur la tête afin d’aider leurs familles à subvenir à leurs besoins. Mais cette activité de survie est fréquemment interrompue par des descentes de la police. À l’approche des agents, certaines femmes prennent la fuite, laissant derrière elles leurs marchandises éparpillées. 

Plusieurs vendeuses dénoncent des comportements qu’elles jugent violents notamment des produits jetés à terre, voire brûlés, selon leurs témoignages. Pour beaucoup, ces biens représentent pourtant leur unique source de revenus.

« Je n’ai pas d’endroit où vendre. Si le policier arrive pour jeter mes légumes, je vais fuir. Mais s’ils me les arrachent pour les jeter par terre, je ne vais pas me laisser faire. Je fais ça pour mes enfants. Je suis veuve. Ce n’est pas à nous de courir derrière le gouvernement pour nous plaindre, c’est à eux de nous écouter. Même si nous parlons, je doute qu’ils nous entendent. Je sais qu’en vendant ici je suis en danger, surtout avec les gros véhicules qui passent. Mais le policier devrait parler calmement aux gens au lieu de les brutaliser », témoigne une vendeuse de légumes.

De son côté, une vendeuse d’épices dit simplement demander de l’aide et déplore l’attitude de certains agents des forces de l’ordre.

« Je demande seulement un petit espace pour vendre et nourrir mes enfants. Vendre au sol est dangereux, surtout pour les petites filles qui vendent des sachets. Ce qui me fait le plus mal, c’est la manière dont certains policiers nous traitent en jetant nos marchandises. Un jour, ils ont jeté mes épices et mes enfants ont dormi le ventre vide. Depuis, quand je les vois de loin, je fuis », confie-t-elle.

Afin de mieux comprendre cette réalité vécue par ces femmes, le Desk Femme d’Actualité.cd est allé à la rencontre des policiers affectés au marché de Pompage. Selon les agents interrogés, plusieurs raisons justifient leurs interventions. D’abord, le marché de Pompage est qualifié de « marché pirate », non reconnu officiellement par l’État. Ensuite, les vendeuses occupent la voie publique, ce qui est interdit par la loi. Une route, rappellent-ils, ne peut être transformée en espace commercial.

Les policiers affirment faire de leur mieux pour libérer le macadam, mais estiment que les vendeuses ne coopèrent pas toujours, notamment en raison du nombre insuffisant d’agents sur le terrain.

« Nous les dégageons avec calme et dans un souci de sécurité. Ces femmes vendent sur le macadam, ce qui rend l’endroit insalubre et perturbe la circulation. Elles s’installent parfois jusqu’au milieu de la route. Les piétons n’ont plus d’espace pour passer et les véhicules sont bloqués. Ce n’est pas un marché reconnu ; nous faisons simplement notre travail. Certaines refusent de nous écouter et dépassent les limites. Notre objectif est que la route soit dégagée et que la propreté règne », explique un agent de l’ordre.

Il ajoute que ces opérations visent avant tout à protéger les vendeuses elles-mêmes, la mission première de la police étant de sécuriser la population et ses biens.

« Il est déjà arrivé qu’un véhicule écrase des vendeuses installées au bord de la route. Une autre fois, un conducteur a perdu ses freins. Heureusement, il a eu le réflexe de diriger son véhicule vers le poste de police, évitant ainsi un drame. C’est aussi pour ces raisons que nous intervenons, même si elles ne le comprennent pas toujours », précise-t-il.

Déborah Misser Gbalanga, stagiaire