Malgré de heurts continus entre creuseurs artisanaux et force de sécurité au Lualaba, le gouvernement sous le feu des critiques maintient sa décision et évoque une réforme « structurante » de l’artisanat minier

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Sacs des minerais. Ph. ACTUALITE.CD

La suspension temporaire des activités des entités de traitement des minerais issus de l’exploitation artisanale, décidée par le ministre des Mines Louis Watum Kabamba, continue de susciter des réactions dans les provinces minières de la République démocratique du Congo, notamment au Lualaba et au Haut-Katanga.

La mesure s’inscrit dans le cadre de l’application d’un arrêté ministériel adopté conformément à la législation en vigueur, rappelle Franck Fwamba, chef de la commission spéciale instituée pour contrôler la conformité des entités de traitement de substance minérales issues de l'exploitation artisanale de la filière cupro cobaltifère, soulignant que « nul n’est au-dessus de la loi ». Selon lui, l’objectif affiché n’est pas de mettre fin à l’artisanat minier, mais d’en corriger les dérives structurelles, longtemps dénoncées par les creuseurs eux-mêmes.

La RDC concentre environ 70 % des réserves mondiales de cobalt, un minerai stratégique utilisé notamment dans la fabrication des batteries pour véhicules électriques, les téléphones et les technologies de transition énergétique. Une part importante de cette production provient de l’exploitation artisanale, qui emploie plusieurs centaines de milliers de personnes, souvent dans des conditions précaires, rappelle-t-il. 

Dans ce contexte, la réforme engagée vise à répondre à des préoccupations récurrentes : fraudes sur les poids et les teneurs, absence de traçabilité, conditions de travail dangereuses, non-respect des règles sur la nationalité des négociants et opacité dans la fixation des prix d’achat des minerais.

Des accusations de manipulation ont émergé après l’annonce de suspension, certains acteurs affirmant que la mesure viserait à « tuer l’artisanat minier ». Des allégations rejetées par plusieurs responsables du secteur, qui rappellent que le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, est impliqué depuis de nombreuses années dans des initiatives de structuration de l’artisanat.

La récente mission de contrôle conduite dans la province du Lualaba par Franck Fwamba a mis en évidence de nombreuses violations du Code et du Règlement miniers, notamment en matière de conformité administrative, de normes techniques et de traçabilité des minerais. La commission chargée de ce contrôle, organisée en plusieurs sous-commissions, comprenait des représentants de l’administration centrale, des services techniques, des coopératives minières, des négociants congolais et de la société civile.

Les travaux ont été menés avec l’appui du gouvernement provincial et sous la supervision des autorités sécuritaires locales. À l’issue de cette mission, un communiqué officiel a annoncé une levée partielle et temporaire de certaines mesures, assortie de conditions strictes et de notifications individuelles adressées aux entités concernées.

Selon les autorités, cette approche graduelle vise à éviter toute décision arbitraire et à fonder les choix sur des éléments factuels. « La loi reste l’unique arbitre », insistent des sources proches du dossier, précisant que le maintien ou la levée définitive de la suspension dépendra de la régularisation effective des manquements constatés.

Le gouvernement dénonce par ailleurs des pratiques jugées préjudiciables aux artisans : sous-évaluation des tonnages livrés, manipulation des taux d’humidité, fixation unilatérale des mercuriales et absence de transparence contractuelle. Autant de pratiques que la réforme entend combattre, dans un secteur longtemps marqué par l’informel.

Face aux manifestations observées dans certaines zones minières, les autorités estiment que tous les protestataires ne représentent pas nécessairement les artisans concernés. Plusieurs coopératives reconnues, ainsi que des négociants congolais de premier plan, participent aux travaux de réforme, selon les organisateurs, qui appellent au dialogue et à l’accès à l’information.

La réforme de l’artisanat minier s’inscrit dans une orientation politique plus large, portée par le président Félix Tshisekedi, avec l’appui du gouvernement et la coordination de la Primature. Elle vise à faire de l’artisanat minier un secteur formel, sécurisé et générateur de valeur, tout en réduisant les risques humains, notamment les éboulements fréquents sur les sites non viabilisés, insiste Franck Fwamba au micro d’Actualité.cd 

Parmi les projets évoqués figurent la transformation du centre de Musompo en zone économique spéciale dédiée aux minerais artisanaux, le renforcement du rôle de l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et la création progressive de zones d’exploitation artisanale techniquement viabilisées.

Selon les autorités, l’objectif final est de rompre avec un modèle où l’artisanat produit de la précarité et des drames humains, pour évoluer vers un système où les creuseurs deviennent des acteurs économiques à part entière. « L’artisanat minier ne doit plus être un piège, mais une opportunité », résume une source officielle.

Timothée Prince ODIA