Kinshasa : un professeur d'université tué par des bandits armés à Lemba lors d’une opération de plus d’une heure sans intervention de la police [Témoignage]

Vue d'une avenue dans la commune de Lingwala à Kinshasa
Vue d'une avenue dans la commune de Lingwala à Kinshasa/Ph. ACTUALITE.CD

Diabar Abata Mathieu Sona, professeur des sciences documentaires à la faculté des lettres et sciences humaines à l'université de Kinshasa, a été tué par des bandits armés dans la nuit du mercredi 7 à ce jeudi 8 janvier, à son domicile situé sur l'avenue des Écuries, au quartier Rutens, dans la commune de Lemba.

ACTUALITE.CD a interrogé sa fille sous le choc à la résidence familiale. Josée Abata, infirmière, a expliqué que les criminels armés ont assiégé la parcelle à partir de 23 heures, pendant que toute la maisonnée dormait déjà. Elle a été réveillée par l’alarme des cadenas et des menaces de ces bandits qui, par une balle, ont pu ouvrir la porte de la maison.

D'après elle, son père a été tiré par une arme silencieuse pour avoir intervenu contre la brutalité que ces criminels exerçaient sur sa femme dont la santé n'était pas bonne.

« C'était 23 heures. Papa était dans la chambre avec maman. Soudain, nos cadenas, qui lorsque vous bougez juste un peu la porte, sonnent. Et du coup, ça commence à sonner. On s'est levé du lit, nos frères et papa. On était là au salon. On a vu qu'il y avait des gens. Il y avait de la lumière qu'ils ont éteinte. Et puis on a vu qu'il y avait des gens armés. On a pris quelques matériels pour nous défendre pensant que peut-être c'étaient des Kuluna qui peuvent fuir. Dans la maison, comme un des bandits s’apprenait à maman après lui avoir ravi son sac d'argent et sa chaînette en or, papa a aussi tapé ce bandit avec un bâton. Après, j’ai vu papa descendre, et quand je l'ai tourné au sol, j'ai vu le sang et comment la balle avait transpercé son corps. On n’avait même pas entendu la détonation », a-t-elle indiqué à ACTUALITE.CD, s'étonnant de la célérité avec laquelle l'opération a été menée.

Monsieur Jean-Bruno, locataire de l'infortuné, n'avait pas vu la scène macabre, d'autant que sa maison se trouve juste derrière celle du professeur Abata. Il relate avoir subi la menace de deux de ces criminels, qui l'ont empêché de sortir, fusil à feu braqué juste devant sa porte.

Pour alerter les parcelles voisines, il a dû donner de coup de brosse contre sa toiture, schéma qui a réussi à réveiller ses voisins de gauche. Du haut de leur balcon, ajoute M. Jean-Bruno, ces derniers ont lancé des projectiles en direction de ces bourreaux qui venaient déjà d'abattre le professeur Abata avant de s'enfuir sans inquiétude.

À l’en croire, alors que les habitants étaient massés sur le lieu du drame le matin, les enfants de la victime ont été surpris de voir l'un des meurtriers de leur père revenir sur le lieu du crime. Reconnu, il a été roué de coups par la foule en colère, avant d'être gardé trois heures durant dans la maison de M. Jean-Bruno, dont la porte a été finalement cassée par les habitants du quartier, impatients d'attendre les éléments de la police. Ils l'ont lynché et est mort sur place.

Pendant ce temps, c'est le deuil chez le professeur Mathieu Abata dont la femme, les enfants ainsi que les membres de la famille élargie sont inconsolables. Ils regrettent l'absence d'une intervention de la police dans une opération criminelle qui a duré deux heures.

Samyr LUKOMBO