Le groupe d’experts des Nations-unies a rendu public son rapport « mi-parcours », relatif à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, ainsi qu’aux différents enjeux en ligne de mire. Au sujet des pourparlers de Doha, qui mettent au prise le mouvement rebelle AFC/M23 et le gouvernement de Kinshasa sous la médiation de l’Etat du Qatar, les experts de l’ONU estiment que les discussions entamées l’an dernier se sont enlisées en raison « de la difficulté à parvenir à un accord sur les exigences » de la rébellion.
Le groupe d’experts de l’ONU note, par ailleurs, que « la méfiance persistante, la rhétorique guerrière et les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu ont continué à mettre en péril les deux initiatives de paix », qui sont les processus de Washington (RDC-Rwanda) et de Doha (AFC/M23-gouvernement Kinshasa). Il relève des « divergences » entre l’AFC/M23 et Kinshasa quant à l’interprétation de la déclaration de Doha, soulevant des attentes contraires des protagonistes.
« Le Gouvernement de la République démocratique du Congo s’attendait à ce que l’AFC/M23 se retire et accepte le cantonnement, tandis que les dirigeants de l’AFC/M23 ont insisté pour garder le contrôle des positions actuelles et chercher à s’intégrer dans les structures de l’État. Parallèlement, l’AFC/M23 a prôné l’autonomie par rapport au Gouvernement, en vantant les mérites du fédéralisme, et a continué à construire sa structure parallèle de type étatique et son armée en vue de réaliser cet objectif à long terme », peut-on lire dans le rapport consulté par ACTUALITE.CD.
Les deux parties, qui peinent à s’accorder malgré les négociations antérieures, ont néanmoins signé un accord-cadre à Doha, au Qatar et sous sa médiation. signé dans un contexte de méfiance, le document s’articule autour de huit protocoles couvrant l’ensemble des problématiques liées à la crise : le mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025) ; le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025) ; l’accès humanitaire et la protection judiciaire ; la restauration de l’autorité de l’État, les réformes et la gouvernance participative nationale ; les arrangements sécuritaires intérimaires et le DDR ; l’identité, la citoyenneté, le retour et la réinstallation des réfugiés et des personnes déplacées ; la relance économique et les services sociaux ; la justice, la vérité et la réconciliation.
Quelques heures après cet acte très attendu à l’échelle nationale et internationale, et dont l’issue déterminera la suite de l’accord de Washington, Kinshasa avait salué « une étape décisive dans la quête d’une paix juste, inclusive et durable dans l’est du pays », et indiqué que l’Accord-cadre de Doha fixe en effet les bases d’un processus destiné à mettre fin aux hostilités, à rétablir l’autorité de l’État et à consolider la stabilité nationale. Le gouvernement congolais avait aussi réaffirmé sa détermination à placer la paix, la sécurité et la dignité du peuple congolais au cœur de son action, précisant que les six autres protocoles restants feront, eux, l’objet de discussions deux semaines après la signature de l’Accord-cadre.
Accusant Kinshasa de non-respect des engagements du processus de Doha, Corneille Naanga, coordonnateur politique de l’AFC/M23 a, dans son discours fin 2025 révélé que Kinshasa a boycotté deux réunions d’évaluation du cessez-le-feu, « démontrant que les accords n’étaient qu’un écran de fumée, un simple repli tactique pour se réarmer et se réorganiser ».
Samyr LUKOMBO