Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) a, lors de sa 1323ᵉ réunion ministérielle, examiné la situation dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Il s’agit de l’organe décisionnel permanent de l’Union africaine chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits, mais également d’un mécanisme de sécurité collective et d’alerte rapide, visant à permettre une réaction efficace et coordonnée face aux situations de conflit et de crise en Afrique.
Le CPS s’est déclaré gravement préoccupé par l’escalade du conflit dans l’est de la RDC, en particulier par l’offensive menée par l’AFC/M23 et ses alliés au cours des dernières semaines. Cette offensive a notamment conduit à la prise de la ville d’Uvira, faisant des victimes parmi les civils et aggravant davantage la situation humanitaire dans la région. Sans reconnaître explicitement l’appui du Rwanda à la rébellion de l’AFC/M23, l’Union africaine exige néanmoins le retrait “immédiat et total” de l’AFC/M23 d’Uvira ainsi que de toutes les zones occupées dans l’Est de la RDC.
"Condamne en particulier et sans appel l'escalade récente, notamment la prise d'Uvira par l'AFC/M23 et les pertes civiles, les déplacements de population et le risque accru de déstabilisation de la région qui en résultent ; à cet égard, appelle toutes les parties concernées à appliquer rapidement et intégralement la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies; Exige le retrait immédiat et total de l'AFC/M23 d'Uvira et de toutes les zones occupées dans l'est de la RDC, tout en prenant note de l'annonce faite le 16 décembre 2025 concernant le retrait des forces de l'AFC/M23 d'Uvira ; souligne que ces mesures doivent être vérifiables, durables et s'accompagner du respect total des engagements en matière de cessez-le-feu, de protection des civils et d’accès humanitaire", renseigne le communiqué final parvenu à ACTUALITE.CD mercredi 7 janvier 2026.
Lors de cette réunion tenue par visioconférence, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) a condamné les attaques "odieuses" perpétrées par les groupes rebelles dans l’est de la RDC. Dans le même élan, il a également condamné l’activisme des ADF et des FDLR.
"Condamne sans réserve les attaques odieuses perpétrées par le M23, en particulier dans les régions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, qui ont causé des pertes en vies humaines, des blessés et des déplacements de population, notamment chez les femmes et les enfants, ainsi que les violations flagrantes du droit international humanitaire (DIH) et du droit international relatif aux droits de l'homme (DIDH), et prévient que les auteurs de ces actes répondront de leurs actes ; Condamne également sans appel les attaques perpétrées par les Forces démocratiques alliées (FDA) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui ont aggravé l'insécurité et les souffrances des populations de la région", ajoute le communiqué.
Cette réunion intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Le président de la République, Félix Tshisekedi, maintient pour l’instant sa position, estimant que toute initiative de dialogue doit émaner de sa propre autorité, malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses.
Clément MUAMBA