Charlène Moke, connue sous le nom de scène « Chalamama » ou « Charlène Benz », a été l’une des figures féminines du théâtre congolais au début des années 2000, notamment avec le tournage des pièces théâtrales intitulées « Les Nanas Benz » du groupe Cinarc de Caleb Tukebana.
Ce samedi 29 novembre, l’actrice fait son retour sur scène avec un autre projet auquel elle veut donner une portée nationale. « L’enfer à l’Est » est un long métrage qui ambitionne de porter haut les voix des victimes de la guerre d’agression qui sévit dans la partie Est de la République démocratique du Congo depuis trois décennies.
La présentation du projet s’est déroulée à Kinshasa, en présence notamment du ministre des Droits humains, de la vice-présidente de la Commission nationale des droits de l’homme, d’activistes de la société civile, d’artistes de cinéma et du théâtre congolais, d’étudiants ainsi que de professionnels des médias.
L’activité a débuté par un bref exposé du Professeur Baroani sur le Genocost. Il est revenu sur la définition du terme génocide, le mode opératoire et les intérêts des protagonistes. Il s’en est suivi des échanges avec les participants, notamment sur l’importance de la reconnaissance internationale et des réparations pour les victimes.
Durant ces échanges, l’acteur de théâtre Faustin Sukari dit « Elombe » a plaidé pour que les artistes soient directement impliqués dans les messages de vulgarisation autour du Genocost, en utilisant leurs talents plutôt que de les inviter comme simples spectateurs dans les activités officielles liées à ce sujet.
Ensuite, Nathalie Atatama, représentante de Charlène Moke Tshibangu, est intervenue pour présenter le projet. Une vidéo a d’abord été projetée, montrant les actions de la Fondation Charlène Moke Tshibangu à Kisangani, à Mbuji-Mayi et à Kananga, avant également la présentation d’une chanson sortie par l’actrice en 2004 puis remixée en 2024, portant sur les faits atroces vécus par les familles congolaises à l’Est du pays.
« Aujourd’hui, l’actrice veut utiliser son art pour une cause noble. C’est un vaste projet. Nous voulons, à travers le théâtre, faire connaître ce qui se passe au Congo. Mettre des images sur les voix des victimes, illustrer la souffrance des populations congolaises dans cette guerre d’agression. Nous connaissons les massacres de Makobola ou de Kisangani. Le Congo a assez compté ses morts. Le projet est né de ce fardeau que porte chaque Congolais : contribuer, à sa manière, à faire entendre sa voix dans la lutte pour la paix et la sécurité des familles à l’Est du pays. C’est un enfer que vivent nos populations et il faut que cela cesse, et que des réparations s’en suivent », a affirmé Nathalie Atatama.
Grâce Wamba, vice-présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), a félicité l’actrice pour ce projet et rassuré de l’accompagnement de son institution : « Le Genocost en RDC est une réalité. Ces pillages systématiques de nos ressources naturelles orchestrés par le Rwanda et ces massacres organisés de nos populations doivent être dénoncés et reconnus. Si autrefois ce génocide avait du mal à être nommé, aujourd’hui les langues commencent à se délier. Nous venons ce jour même de saluer trois résolutions prises au niveau régional qui reconnaissent le génocide commis en RDC », a-t-elle révélé.
Enfin, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a pris la parole pour féliciter à son tour l’initiatrice du projet et encourager chaque Congolais à utiliser sa voix et ses moyens pour soutenir cette quête de paix et de réparations. Il a rappelé les récents événements de violations des droits de l’homme perpétrés à Goma par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda et ses supplétifs, ainsi que dans les camps de déplacés.
« L’enfer à l’Est de la RDC n’est pas seulement un long métrage, c’est un cri pour restaurer la vérité historique, mettre en lumière les faits. Il est temps que chaque Congolais se lève contre ces violations graves et massives des droits humains. Après 30 ans de vols, de viols, de massacres, de pillages de nos minerais, il faut que chaque Congolais en parle, qu’il demande au monde entier d’agir contre le génocide qui se commet en RDC. Nous sommes aujourd’hui à plus de 10 millions de morts. Le nombre de morts en RDC est supérieur à celui d’autres génocides reconnus. Ce combat, nous le gagnerons en le menant tous ensemble », a-t-il soutenu, en rassurant également du soutien de son ministère à ce projet.
« Lorsque nous avons débuté dans le théâtre avec Charlène Moke Tshibangu, elle était déjà une femme pleine d’ambitions. En tant que son encadreur, je promets d’accompagner ce projet, de l’accompagner dans la réussite de ce grand film », a déclaré, à l’issue de l’événement, l’acteur de théâtre Caleb Tukebana.
L’activité s’est achevée par la coupure du ruban symbolique lançant officiellement le projet du long métrage.
Prisca Lokale