Lors d’un point de presse ce samedi 30 août à Kinshasa, la Commission Diocésaine Justice et Paix de Kinshasa (CDJP), qui présentait dans le cadre du projet Lisanga la situation sécuritaire et humanitaire dans le plateau de Bateke, a révélé que depuis son début dans le territoire de Kwamouth en 2022, le phénomène Mobondo a déjà causé la mort de plus de 5 000 personnes et plus de 700 000 déplacés, parmi lesquels 1 797 femmes enceintes et 194 orphelins.
Selon la CDJP, qui dit documenter en temps réel toutes les exactions des miliciens grâce à des sources sur place, environ 15 chefs coutumiers ont été tués avec certains membres de leurs familles et leurs conseillers à Kwamouth et Maluku. Par ailleurs, ces attaques ont fait perdre à Kwamouth 85 % de ses villages.
« À Maluku, Mbakana est encerclé par plusieurs fractions des Mobondo et vit aujourd’hui avec moins de 10 villages sur 48 qui le constituaient auparavant. Mongata vit avec 3 villages sur 54. Donc 95 % des villages à Maluku sont abandonnés dont certains sont entièrement occupés par les Mobondo », a indiqué Barthélémy Ngwangu, expert de la CDJP, lors de la présentation.
Il a précisé également que plus de 60 % des maisons ont été incendiées dans les zones affectées, notamment dans les provinces de Kwango, Kwilu, Kongo-Central et Kinshasa. Par ailleurs, 80 % des champs sont inaccessibles, ce qui aggrave la situation humanitaire. Aussi, 70 % des établissements scolaires sont à l'arrêt.
Des processus de paix inefficaces
Dans sa présentation, la CDJP a salué les différentes tentatives du gouvernement pour venir à bout du conflit, mais des tentatives qui n’ont pas réussi. Ces initiatives sont entre autres la nomination de Fabrice Zombi comme facilitateur par le ministre de l’Intérieur, les assises du centre Nganda, ainsi que la nomination de Maro Banguli comme médiateur.
Selon la CDJP, les différents échecs s’expliquent notamment par la contestation des médiateurs par la base ; le manque de maîtrise du contexte ; l’identification non objective des vrais acteurs principaux du conflit ; ainsi que la non-implication des notables et autorités politico-administratives des provinces touchées.
Le rétablissement de l’autorité de l’État
Pour venir à bout du phénomène Mobondo, la sœur Perpétue Makiese, directrice de la CDJP, appelle au rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones affectées par ce phénomène. Elle appelle ainsi le ministère de la Défense, par exemple, à augmenter l’effectif des FARDC et à les équiper sérieusement pour leur permettre de venir à bout de cette crise qui dure depuis 3 ans déjà.
Selon elle, l’armée doit œuvrer dans la logique de déloger les Mobondo dans leurs différents bastions connus, en lieu et place de se substituer à une structure de médiation, rôle dévolu au ministère de l’Intérieur.
Elle insiste également sur l’accélération du processus du dialogue inclusif avec les vrais acteurs, en partenariat avec les structures locales et internationales qui œuvrent pour la paix dans la partie en conflit.
Plaidoyer pour une justice transitionnelle
La CDJP appelle par ailleurs le ministère de la Justice à organiser des procès publics des auteurs coupables de crimes graves et avérés.
« À défaut, nous [préconisons] l’organisation de la justice transitionnelle dans ses quatre piliers que sont le droit à la vérité, le droit à la justice, le droit à la réparation et le droit aux garanties de non-répétition afin de décourager les velléités des autres personnes qui seraient tentées de rejoindre le mouvement Mobondo », plaide la sœur Perpétue Makiese.
Pour toutes les victimes, cette structure appelle le ministère des Affaires sociales à leur venir en aide en mettant en place des moyens financiers conséquents pour la reconstruction des infrastructures sociales de base détruites par les Mobondo, afin de permettre aux déplacés de revenir vivre dans leurs villages dans des conditions humaines.
Le projet Lisanga est une réponse multisectorielle aux personnes affectées par les Mobondo et financée par l’Union européenne.
Bruno Nsaka