RDC: « Toucher à la Constitution, c'est déclarer la guerre à la République » (Moïse Katumbi) 

Moise Katumbi en meeting le 27 novembre à Bukavu
Moise Katumbi en meeting le 27 novembre à Bukavu

Alors que les responsables de la coalition au pouvoir multiplient les attaques contre la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) après sa déclaration "La Nation est en péril", l'opposant Moïse Katumbi monte au créneau. Dans un entretien accordé à Stanis Bujakera Tshiamala, directeur de publication d'ACTUALITE.CD, l'opposant dénonce la campagne de diabolisation contre l'Église catholique et prévient : le projet de changement constitutionnel se heurtera à un front du refus.

Stanis Bujakera Tshiamala : Les responsables de la coalition au pouvoir multiplient les attaques contre la CENCO depuis sa déclaration "La Nation est en péril". Quelle est votre réaction ?

Moïse Katumbi : Il est absolument inadmissible d'assister à ce déferlement de critiques, à cette méchanceté organisée et à cette campagne de diabolisation contre l'Église catholique. Cette Église est notre repère moral, notre boussole dans la tempête, la conscience de la Nation. 

Le pouvoir accuse la CENCO de faire le jeu de l'opposition, voire de l'ennemi. Que vous inspire cette rhétorique ?

Avec ce régime, la méthode est désormais connue : dès que vous osez exprimer un avis contraire, vous êtes immédiatement taxé de complicité avec l'agresseur, traité d'antipatriote. C'est lâche et dangereux. Qu'on se le rappelle : cette même Église que le pouvoir vilipende aujourd'hui est celle qui s'est tenue debout pour arracher l'alternance pacifique. Une alternance dont profitent aujourd'hui ceux-là mêmes qui l'insultent. Quelle ingratitude ! Quelle amnésie politique

Sur le changement constitutionnel, le camp présidentiel affirme que le peuple doit pouvoir s'exprimer. N'est-ce pas légitime ?

Je le dis avec la plus grande fermeté : nous ne laisserons pas une poignée d'individus prendre en otage tout un peuple pour tripatouiller la Constitution. Cette Constitution n'est pas un brouillon. Elle est le fruit du sang, des larmes et du consensus. Elle a sauvé ce pays du chaos.

Vous parlez de stabilité. Mais certains estiment que la Constitution actuelle est un frein au développement du pays …

Voir avec quelle légèreté ce régime veut dynamiter notre dernier symbole de stabilité, uniquement pour s'accrocher indéfiniment au pouvoir malgré un bilan catastrophique, est une trahison. C'est inacceptable, intolérable, et nous y ferons barrage.

Un dernier mot ?

Toucher à l'Église, c'est toucher au peuple. Toucher à la Constitution, c'est déclarer la guerre à la République. Le peuple congolais n'est pas dupe.

Interview réalisée par Stanis Bujakera Tshiamala