Interrogé mardi soir lors du Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l'opposant Jean-Claude Kibala a livré un réquisitoire méthodique contre le projet de révision constitutionnelle porté par le président Tshisekedi, réfutant un à un les arguments avancés par le camp présidentiel.
Sur le fond, Kibala a d'emblée rejeté la présentation du projet comme une simple réforme technique. « On connaît le scénario en Afrique : on commence par adapter la procédure, et on finit par adapter la constitution à la taille d'un seul homme », a-t-il affirmé, estimant que le référendum vise « surtout à prolonger un pouvoir contesté, pas à renforcer l'État de droit ». Pour lui, le vrai choix posé par cette réforme est celui de société : « Voulons-nous une république de citoyens où la constitution limite tous les dirigeants, ou une république de deals où l'on change de règles à chaque crise pour sauver un camp politique ? »
Face à l'argument du pouvoir selon lequel la constitution de 2006 aurait été rédigée par des belligérants aux mains souillées, Kibala a exigé de la cohérence. « Soyez cohérents. Soit on n'accepte pas cette constitution pour cette raison, et on assume, mais alors on n'intègre pas ces mêmes personnes au gouvernement actuel. Or beaucoup de belligérants qui ont participé à sa rédaction sont aujourd'hui au gouvernement. Ils sont devenus propres parce qu'ils sont proches du pouvoir », a-t-il lancé.
Sur la question des provinces, invoquée par le pouvoir pour justifier la réforme, Kibala a été tranchant. « Les provinces peuvent fonctionner si réellement on leur restitue leurs moyens. Les provinces peuvent fonctionner si Kinshasa arrête de politiser les élections de gouverneurs », a-t-il soutenu, ajoutant que ce n'est pas la constitution qui « exige aux hommes au pouvoir de détourner les fonds publics » ni qui « impose de payer les députés deux cents fois plus qu'un militaire au front ». « On n'a pas de problèmes de textes en RDC, on a des problèmes d'hommes », a-t-il rappelé, citant un aveu de membres de la majorité eux-mêmes.
Sur le référendum, Kibala a rejeté l'argument démocratique invoqué par le pouvoir. « Vous allez demander à quelle population ? », a-t-il interrogé, dénonçant l'utilisation des moyens publics pour financer la propagande pro-révision visible « sur les avenues et les rues de Kinshasa ». « Le vrai référendum se fait avec un peuple libre. Dès lors qu'on réprime les manifestations de l'opposition et qu'on achète les consciences, je ne pense pas qu'on puisse parler d'un référendum », a-t-il conclu.