Ebola en RDC: devant le corps diplomatique, Kinshasa présente l'évolution de l'épimie pour éviter des mesures restrictives et annonce une enveloppe additionnelle de 30 millions USD

Photo d'illustration
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Quinze jours après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit dans l’Est de la République démocratique du Congo (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri), le gouvernement, sous la houlette de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, a réuni  lundi 1er juin 2026 à l'immeuble du gouvernement le corps diplomatique ainsi que l’ensemble des partenaires internationaux engagés aux côtés de la RDC dans la riposte contre cette nouvelle épidémie.

Selon le porte-parole du gouvernement, cette réunion s’inscrit dans la continuité des échanges déjà tenus au plus haut niveau de l’État afin de mieux structurer la réponse sanitaire. Cette rencontre, qui a connu la participation du directeur général de l’OMS, a également été l’occasion pour le gouvernement de partager l’évolution de la situation sur le terrain et de coordonner les actions en vue de venir à bout de cette crise sanitaire, dans un contexte où certains États représentés au sein du corps diplomatique ont pris des mesures de restriction à l’égard des ressortissants congolais.

"Cette deuxième réunion fait suite à celle que nous avons eues avec le président de la République afin de nous assurer du rôle des uns et des autres et de définir un plan général permettant d’apporter la réponse appropriée à cette épidémie. La Première ministre rencontre non seulement le corps diplomatique, mais aussi le directeur général de l’OMS afin de dresser un tableau général de la situation. Vous savez que de nombreux pays représentés ici par leurs ambassades nous apportent un soutien, notamment financier et matériel, pour faire face à cette épidémie. C’était donc l’occasion de leur expliquer où nous en sommes, comment nous déployons notre stratégie de communication au niveau communautaire, qui constitue le point de départ de notre action, ainsi que la manière dont nos experts de la santé font face à cette épidémie", a déclaré le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya à l'issue de la réunion

Au cours de la rencontre, Kinshasa a mis en avant l’importance des mesures de santé publique dans la prise en charge, en raison de l’absence de vaccin ou de traitement spécifique. Le gouvernement de la RDC insiste également sur la nécessité de partager une information fiable, fondée sur la réalité du terrain, afin d’éviter toute forme de mesures restrictives à l’encontre du pays.

"Beaucoup de personnes ont affirmé qu’il n’y avait ni vaccin ni traitement, ce qui a pu susciter des inquiétudes. Nous avons toutefois eu l’occasion d’expliquer que l’absence actuelle de vaccin ou de traitement spécifique ne signifie pas qu’il est impossible de guérir les malades. La preuve est qu’environ douze personnes ont déjà été guéries. C’est dans cette dynamique que nous continuerons à informer quotidiennement nos partenaires afin qu’ils soient au courant de nos actions et que leurs gouvernements respectifs n’adoptent pas de restrictions de voyage ou d’interdictions de séjour visant les personnes en provenance de la RDC à cause de cette maladie. En effet, cette maladie ne doit pas être confondue avec la COVID-19 et nous mettons tout en œuvre pour limiter sa propagation"a fait savoir le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya

Par ailleurs, le gouvernement a rassuré ses hôtes que le pays dispose de tout le matériel nécessaire, qu’il s’agisse des équipements de protection, des capacités de dépistage ou des différents outils indispensables à la riposte. Après une première enveloppe de 20 millions de dollars, le gouvernement prévoit d’ajouter 30 millions de dollars supplémentaires, portant ainsi le financement total à 50 millions de dollars.

"Le gouvernement avait déjà débloqué une première enveloppe de 20 millions de dollars. Une somme supplémentaire de 30 millions de dollars sera ajoutée cette semaine afin de démontrer que le gouvernement assure pleinement le leadership de la riposte. Le directeur général de l’OMS l’a d’ailleurs rappelé : c’est d’abord le gouvernement qui conduit la réponse et les organisations internationales, à commencer par l’OMS, accompagnent cette dynamique", a indiqué le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya

Poursuivant sa restitution, Patrick Muyaya a fait savoir que le gouvernement s’attend à toute éventualité face à cette épidémie et entend mettre à profit son expérience afin de maîtriser et de contenir la maladie.

"De toute évidence, il n’est pas exclu que l’épidémie puisse se propager, y compris à Kinshasa. Le ministre de la Santé a indiqué tout à l’heure qu’un dispositif spécifique est déjà prévu, notamment à l’hôpital du Cinquantenaire. Vous pouvez vous y rendre pour constater les dispositions mises en place. Toutes les mesures nécessaires seront prises afin d’assurer une prise en charge adéquate des éventuels patients. N’oubliez pas que nous disposons à la fois de l’expérience et de l’expertise nécessaires dans la lutte contre Ebola", a martelé le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya

En date du 15 mai 2026, une épidémie d’Ebola a été confirmée dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, avant de s’étendre aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.

Cette épidémie de maladie à virus Ebola, la 17ᵉ de l’histoire sanitaire de la RDC, intervient dans une région déjà fragile. La grave situation humanitaire dans l’Est du pays, où plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, accroît davantage leur vulnérabilité. La malnutrition, les déplacements de populations et la fragilité des services de santé contribuent à un risque élevé d’infection et de mortalité.

À cela s’ajoutent l’activisme des groupes armés locaux et étrangers ainsi que les opérations militaires entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui aggravent la vulnérabilité des populations de cette partie du pays, dans un contexte marqué par le statu quo des initiatives diplomatiques pilotées par les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar.

Clément MUAMBA