Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a condamné les attaques des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), survenues dans la nuit du 31 mai 2026 à Ngadi, dans la ville de Beni et à Vemba, dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. Ces violences ont causé la mort d’au moins 21 personnes, selon les sources d’ACTUALITE.CD.
Dans une déclaration rendue publique, le gynécologue congolais a exprimé sa vive indignation face à ces attaques simultanées. Il a également dénoncé les massacres ciblant les communautés autochtones pygmées, qu’il considère comme une atteinte grave à la mémoire collective et à la diversité fondatrice de la République démocratique du Congo.
« Les massacres ciblant délibérément les membres du peuple autochtone pygmée, qui sont les gardiens de notre identité et de nos forêts primaires, en cette période où l’Est de notre pays saigne dans un chaos organisé, sont non seulement des crimes contre notre mémoire et contre notre diversité fondatrice, mais aussi des crimes contre l’humanité », a-t-il déploré.
Selon le lauréat du Nobel, ces violences s’inscrivent dans un schéma ancien et systématique observé dans l’Est du pays depuis plusieurs années. Il dénonce ce qu’il qualifie de projet méthodique d’épuration identitaire et d’intolérance religieuse.
« Je dénonce avec force ce qui s'apparente, depuis plusieurs années déjà, à un projet méthodique d'épuration identitaire et d'intolérance religieuse exécuté par les terroristes ADF, ciblant principalement les ethnies originaires de Beni, de ses environs et de l'Ituri, ainsi que les communautés chrétiennes », a-t-il poursuivi.
Pour Denis Mukwege, ces attaques relèvent de logiques d’anéantissement généralisées et systématiques observées depuis les conflits armés déclenchés à partir de 1996.
« Ces techniques d'extermination s’inscrivent dans les logiques d'anéantissement généralisées et systématiques depuis la première et la deuxième guerre du Congo à partir de 1996 jusqu'à nos jours : semer la terreur, humilier les communautés et les chasser loin de leurs terres riches en ressources stratégiques au profit de réseaux prédateurs », a-t-il dénoncé.
Il a par ailleurs exhorté les autorités congolaises à assumer pleinement leurs responsabilités dénonçant une « compassion hypocrite » de Kinshasa.
« Nous exhortons les autorités congolaises à sortir d'une compassion hypocrite qui confine à la complicité, et à sortir de la léthargie qui les déconnectent de manière déconcertante des réalités vécues par nos compatriotes à 2 000 kilomètres de Kinshasa », a insisté le Prix Nobel de la paix.
Denis Mukwege a également interpellé la communauté internationale, l’appelant à rompre avec ce qu’il qualifie de solidarité à géométrie variable.
« Il est plus que temps pour la communauté internationale de rompre avec la solidarité à géométrie variable et le deux poids deux mesures lorsqu'il s'agit des crimes imprescriptibles commis en République Démocratique du Congo, qui ne peuvent demeurer impunis », a-t-il déploré.
De son côté, le gouvernement de la République démocratique du Congo a condamné le massacre de civils perpétré le dimanche 31 mai 2026 à Beni. Dans un communiqué officiel publié à Kinshasa le 1er juin 2026, l’exécutif précise que l’attaque, attribuée aux ADF, s’est produite dans le quartier Ngadi, au nord de la ville. Le bilan provisoire fait état de seize morts, dont quinze civils et un militaire engagé dans la protection des populations, selon les autorités provinciales citées.
Les dépouilles ont été relevées par des jeunes de la communauté locale avant d’être transportées vers la ville de Beni et la cité d’Oïcha, dans l’attente de l’organisation des funérailles. Des dégâts matériels ont également été signalés, plusieurs victimes ayant été retrouvées à proximité des habitations.
À la suite de ces événements, des groupes de pression et mouvements citoyens de Beni ont annoncé l’observation de journées « ville morte » à partir de ce mercredi, jusqu’à l’inhumation des victimes du massacre de Ngadi. Cette action vise à rendre hommage aux personnes décédées, soutenir les familles endeuillées et dénoncer la persistance de l’insécurité dans cette partie du territoire de Beni.
Josué Mutanava, à Goma