RDC : "le Rwanda et ses supplétifs de l’RDF/M23 ne veulent pas quitter, s’il n’y a pas de contrainte diplomatique, politique ou militaire", prévient Jean-Jacques Purusi

Jean-Jacques Perusi
Jean-Jacques Perusi, Gouverneur du Sud-Kivu

Alors que certains ont interprété les mouvements des troupes de RDF/M23, appuyées par le Rwanda, sur plusieurs fronts dans l’Est de la République démocratique du Congo comme une volonté de se retirer des zones sous leur contrôle pour favoriser les options diplomatiques et politiques, la réalité est bien différente. Le mouvement par le biais de son porte-parole Lawrence Kanyuka a récemment évoqué des rotations normales et stratégiques de ses éléments dans le but de protéger la population.
Intervenant lors du briefing de presse tenu jeudi 2 avril 2026 et réagissant à une question des journalistes, Jean-Jacques Purusi Sadiki, gouverneur du Sud-Kivu, a affirmé que Kigali et ses supplétifs de l’ADF/M23 ne quitteront pas l’Est du pays sans y être contraints par la pression diplomatique, militaire ou politique afin de libérer les zones sous leur contrôle.
"Il faut dire ici que le gouvernement rwandais et ses supplétifs de l'AFC/M23 ne veulent pas quitter. S'il n'y a pas de contrainte, qu’elle soit diplomatique, politique ou militaire, ces gens ne vont jamais quitter, c’est une réalité que nous sommes en train de comprendre. Les accords de Doha et de Washington avaient suggéré les endroits où ces gens devraient se retirer et donc on a parlé de sur les hauteurs c'est-à-dire dans la zone du haut plateau, ils devaient se retirer jusqu’à Kaziba, à environ 75 kilomètres. Dans la plaine de la Ruzizi, le long de la route nationale numéro 5, ils devaient se retirer jusqu’à Kamanyola, soit environ 65 kilomètres. Voilà qu'ils se se sont retirés seulement à Lemera c'est-à-dire à environ 15 kilomètres sur les hauteurs, et à 30 kilomètres sur la route nationale numéro 5 c'est-à-dire à Sange concrètement ces gens ne veulent pas partir" a déclaré Jean-Jacques Purusi Sadiki, gouverneur du Sud-Kivu 
D’après le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, lors du briefing qu’il a co-animé avec le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, cette situation s’expliquerait par des intérêts économiques liés aux richesses minières des zones sous le contrôle de la rébellion de l’ADF/M23 dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

"L’enjeu est majeur. Lors de notre prise de fonctions en mai 2024, nous avons compris que l’Est de la République démocratique du Congo, particulièrement le Sud-Kivu, est une province extrêmement riche, détenant d’importantes ressources. Des travaux de recherche ont montré que le Sud-Kivu pourrait être jusqu’à quatorze fois plus riche que le Grand Katanga en ressources minières stratégiques. Environ 30 % des ressources sont déjà exploitées, notamment la cassitérite, le coltan, l’or et le wolframite, tandis que 70 % restent encore inexploités. À cela s’ajoutent des minerais stratégiques confirmés mais non exploités, comme le lithium, le cobalt, le cuivre, le manganèse, le pétrole, le gaz, le méthane, le tungstène et le titane", a expliqué le gouverneur du Sud-Kivu Jean-Jacques Purusi Sadiki lors de sa réaction.

Par ailleurs, il a révélé avoir identifié cette richesse dès le 18 juillet 2024, ce qui avait conduit son gouvernement, avant la chute de Bukavu, à suspendre toute activité minière dans la province du Sud-Kivu et à convoquer les entreprises opérant sur le terrain.

"Nous avons constaté la présence de 1 750 entreprises minières à capitaux chinois dans les territoires de Walungu, Mwenga, Kabare et Fizi. Ces entreprises n’avaient ni bureaux ni autorisations légales, mais exploitaient les ressources depuis 15 à 20 ans. Chaque entreprise pouvait extraire jusqu’à 650 kilogrammes d’or par mois. Avec un prix d’environ 160 000 dollars américains le kilo sur le marché international, les volumes générés étaient considérables. Une grande partie de ces activités était opérée via le Rwanda, avec des circuits de corruption qui facilitaient ces exploitations illégales", a fait remarquer au cours de cet échange avec la presse.

Le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki a exprimé le vœu de voir les accords de paix pleinement mis en œuvre afin d’améliorer la situation dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Selon lui, si aucune pression n’est exercée sur ces rebelles et le Rwanda, la situation sur le terrain risque de rester un statu quo.

"Les ressources transitent parfois par le Rwanda, ce qui explique certains blocages. Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que ces acteurs quittent volontairement sans pression. Cependant, si les accords évoqués sont appliqués, ils pourraient permettre de développer des partenariats gagnant-gagnant entre le Rwanda, le Burundi, la RDC et l’ensemble des pays de la sous-région", a indiqué Jean-Jacques Purusi Sadiki, gouverneur du Sud-Kivu.

Depuis plusieurs mois déjà, il s’observe un statu quo dans le processus de Doha, où les protagonistes ne se rencontrent plus autour du médiateur qu’est l’État du Qatar. Lors d’une rencontre tenue mercredi 25 mars entre les diplomates et ambassadeurs accrédités en RDC et la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie, de la Coopération internationale et des Congolais de l’étranger, Thérèse Kayikwamba Wagner avait indiqué que la paralysie des discussions est due à des facteurs externes au processus, liés à la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient.

D’après la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, qui a réaffirmé l’attachement de son gouvernement à ce processus de Doha ainsi que sa volonté de le faire avancer avec la rébellion de l’AFC/M23, des échanges étroits se poursuivent avec l’État du Qatar, médiateur du processus, afin de voir comment le momentum l’élan, peut être maintenu et, éventuellement, revoir certaines configurations susceptibles de relancer les discussions.
En date du 15 novembre 2025, la République démocratique du Congo et la rébellion de l’AFC/M23 avaient franchi une étape majeure dans leurs efforts de restauration de la paix à l’est du pays, avec la signature officielle de l’Accord-cadre de Doha. Conclu avec l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23), cet accord, axé sur huit protocoles, avait marqué un tournant stratégique dans la quête d’une paix durable, juste et inclusive. Présenté par la médiation comme une avancée « décisive », cet Accord-cadre constitue désormais la colonne vertébrale d’un processus global de sortie de crise, visant à mettre fin aux hostilités, à restaurer l’autorité de l’État et à renforcer la stabilité dans les zones affectées par des années de conflit armé.

Alors que deux protocoles ont déjà été signés, les six autres devaient faire l’objet de discussions afin d’en définir les modalités précises d’exécution, les échéances et les engagements réciproques des parties signataires. Cependant, depuis lors, le statu quo persiste, sans avancées réelles sur le terrain, aggravant la méfiance entre Kinshasa et l’AFC/M23, entraînant la poursuite des hostilités sur le terrain et rendant la vie des populations de l’est de la RDC encore plus difficile.

Clément MUAMBA