La République démocratique du Congo (RDC) et la République du Congo conviennent de renforcer leur coopération en matière de sécurité à travers des échanges entre les ministres de la Défense des deux pays ainsi que leurs forces armées respectives, dans l’objectif de consolider les partenariats militaires et de faire face aux défis sécuritaires communs. C’est ce qu’il faut retenir de la visite à Kinshasa du ministre de la Défense du Congo-Brazzaville, Charles Richard Mondjo, à l’issue de ses échanges avec son homologue de la RDC, Guy Kabombo Muadiamvita, s’inscrivant dans une dynamique de rapprochement entre ces deux États voisins.
Après la parade militaire organisée en son honneur samedi 4 avril, les deux personnalités ont eu un tête-à-tête dans le cadre de la coopération militaire entre les deux pays frères. Une séance de travail a ensuite eu lieu en présence des experts en défense de la République du Congo et de la RDC. Dans son mot, Me Guy Kabombo Muadiamvita a rendu un vibrant hommage à Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo, et à Félix Tshisekedi, président de la RDC, pour leur engagement constant en faveur de la paix, du bon voisinage et de la stabilité dans la sous-région.
Parlant des trois axes majeurs de la coopération entre les deux pays à savoir les questions internationales et régionales, la sécurité des espaces communs, et le renforcement de la coopération militaire bilatérale, il a rappelé que la RDC accorde une attention particulière à ces enjeux. Pour ce faire, Guy Kabombo Muadiamvita a proposé le renforcement des échanges entre les deux armées à tous les niveaux, la poursuite de la coopération en matière de formation militaire, ainsi que le développement de la coopération en matière de justice militaire et d’échanges d’expérience.
"Les questions institutionnelles et régionales, la sécurité de nos espaces communs ainsi que le renforcement de la coopération militaire bilatérale demeurent au cœur de nos échanges. S’agissant des enjeux régionaux, nous saluons la convergence des vues qui caractérise nos deux pays au sein des cadres multilatéraux africains et sous-régionaux. Dans un contexte sécuritaire marqué par des menaces diffuses, transfrontalières et évolutives, cette convergence n’est pas un luxe : elle constitue une nécessité stratégique", a déclaré Guy Kabombo lors de son intervention.
Il a également souligné que le retour de la paix durable dans la partie orientale de la RDC demeure une priorité vitale, et que la RDC apprécie la compréhension, l’écoute et l’attitude responsable du Congo sur cette question.
"Au sujet de notre sécurité commune, je tiens à réaffirmer que le fleuve ne doit jamais être perçu comme une frontière de méfiance, mais plutôt comme un trait d’union porteur de responsabilité partagée et de coopération. Nos frontières fluviales, terrestres et maritimes appellent à une gestion concertée, apaisée et professionnelle, comme vous l’avez vous-même souligné. C’est dans cet esprit que nous renforçons la coopération navale, le partage de renseignements, les mécanismes d’alerte et de prévention, ainsi que le cadre de dialogue opérationnel entre nos structures compétentes", a souligné ce membre du gouvernement Suminwa.
De son côté, Charles Richard Mondjo a remercié le patron de la Défense de la RDC pour l’accueil fraternel qui lui a été réservé, ainsi qu’à sa délégation. Il a également salué la vision portée par les deux chefs d’État, qui attachent une importance particulière au développement du capital humain.
La République du Congo, a-t-il souligné, se tient prête à renforcer la coopération en matière de formation militaire, dans un esprit de réciprocité et de partage d’expertise, convaincue que la qualité des ressources humaines constitue le socle de toute défense crédible et efficace.
"Le fleuve Congo, notre fleuve commun, qui nous unit autant qu’il matérialise le tracé frontalier, symbolise pleinement cette réalité : celle d’un espace commun de vie, d’échanges et d’opportunités. Toutefois, cet espace fait également face à des défis sécuritaires persistants et majeurs, qui appellent à une vigilance accrue et à une action concertée de notre part. L’étendue de la frontière fluviale, difficile à surveiller sur toute sa longueur, les trafics illicites qui s’y développent, la présence d’acteurs irréguliers ainsi que la coordination encore perfectible de certaines interventions constituent autant de facteurs fragilisant la quiétude de cet espace stratégique", a fait savoir le ministre du Congo Brazzaville en charge de la Défense nationale.
Il a rappelé que les deux pays frères partagent bien plus qu’une frontière, puisqu’ils ont également une histoire commune, une culture similaire et une identité régionale forte. Il a exprimé le vœu de voir la RDC retrouver la paix.
"Nos Chefs d’État nous assignent une responsabilité claire : faire de cet espace non pas une zone de vulnérabilité, mais un espace sécurisé, maîtrisé et pleinement intégré, voire un espace de co-développement. Dans cette dynamique, la République du Congo se tient prête à renforcer la coopération en matière de formation militaire, dans un esprit de réciprocité et de partage d’expertise, convaincue que la qualité des ressources humaines constitue le socle de toute défense crédible et efficace", a-t-il ajouté lors de son intervention.
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par l’agression rwandaise contre la République démocratique du Congo à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Elle coïncide également avec l’absence de résultats probants des initiatives diplomatiques en cours. Alors que, sur le papier, des avancées sont enregistrées dans les processus de Washington et de Doha, la réalité sur le terrain demeure tout autre.
Il y a quelques années, le rapprochement entre Brazzaville et Kigali avait été mal perçu par certains Congolais à Kinshasa, au regard du rôle jugé néfaste du Rwanda dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. Malgré cette perception, les autorités brazzavilloises et congolaises ont toujours réaffirmé leur volonté de travailler ensemble pour le bien-être des deux peuples. Le Président Félix Tshisekedi de la RDC se rend régulièrement auprès de son homologue Denis Sassou Nguesso. Leurs différentes rencontres visent à aborder des questions cruciales, notamment la situation sécuritaire dans la sous-région, ainsi que d’autres défis internationaux.
Clément MUAMBA