Kinshasa : femmes, travail et école, une journée noire à cause de la grève des chauffeurs de transport en commun

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Des gens attendant les bus dans un arrêt proche de l'UPN

La capitale de la République démocratique du Congo s’est réveillée ce lundi 26 janvier sous le coup d’une grève des chauffeurs de transport en commun. Dès 5 heures du matin, à la station UPN dans la commune de Ngaliema, une foule de passagers attendait désespérément un moyen de transport. Certains étaient sur place depuis 4 heures, d’autres depuis 5 heures, mais jusqu’à 7 heures et au-delà, aucun bus ni taxi n’était visible.

Faute de transport, de nombreux usagers ont été contraints de parcourir de longues distances à pied. D’autres, découragés, ont préféré rebrousser chemin. Profitant de la situation, les conducteurs de motos-taxis ont revu leurs tarifs à la hausse : un trajet habituellement facturé à 4 000 francs congolais est passé à 7 000, voire 8 000 FC. Un seul bus en provenance de Zando est finalement arrivé, proposant le trajet à 5 000 FC.

Alors que les artères de la capitale sont généralement engorgées par des embouteillages, elles étaient ce jour-là presque désertes. En revanche, les trottoirs étaient envahis par des milliers de personnes contraintes de rentrer à pied ou de marcher sur de longues distances pour rejoindre leur lieu de travail. Des élèves du lycée Tobongisa, situé à Mbinza Ozone, ont ainsi dû parcourir plusieurs kilomètres à pied pour se rendre à l’école. D’autres, épuisées par la longueur du trajet, ont préféré rentrer chez elles.

À Brikin, plusieurs chauffeurs avaient stationné leurs bus, accompagnés de leurs receveurs, mais refusaient catégoriquement de prendre des passagers. L’un d’eux a même suscité l’indignation en annonçant, sur le ton de la plaisanterie, un tarif de 6 000 FC pour Zando. À l’annonce de ce faux départ, plusieurs personnes, majoritairement des femmes, se sont précipitées pour monter à bord. Le chauffeur a ensuite démarré brusquement, provoquant la colère d’élèves et d’étudiantes, choquées par ce comportement jugé irrespectueux.

Tout au long du parcours à pied, plusieurs femmes rencontrées ont exprimé leur désarroi. Certaines se rendaient au travail, d’autres devaient rejoindre les marchés de Kintambo pour vendre leurs produits. Une mère de famille d’une cinquantaine d’années, visiblement épuisée, peinait à continuer sa marche. Malgré la fraîcheur matinale, elle transpirait abondamment. Elle a indiqué qu’elle prendrait une moto pour rentrer chez elle, malgré le coût élevé, faute d’alternative.

De son côté, Ketsia Nzuzi, une jeune femme d’une vingtaine d’années, a également confié qu’elle préférait rentrer chez elle, ne disposant pas des moyens financiers nécessaires pour payer les tarifs imposés par les motards.

« À vrai dire, ma journée a très mal commencé. Je suis sortie de la maison dès 5 heures du matin. Nous étions nombreuses, mais aucun transport en commun ne circulait. D’autres sont arrivées à 6 heures et nous nous sommes toutes retrouvées bloquées ici. Je préfère rentrer à pied, car je n’ai pas les moyens de payer », a-t-elle expliqué.

Elle estime par ailleurs que si les opérations de contrôle des chauffeurs sont nécessaires, les autorités auraient dû prévoir des mesures d’accompagnement avant leur mise en œuvre, afin d’éviter de pénaliser la population.

Selon plusieurs témoignages, les rares chauffeurs disposant de tous leurs documents en règle ont profité de la situation pour augmenter les tarifs. Le prix du trajet, habituellement fixé à 2 000 FC, est ainsi passé à 5 000, voire 6 000 FC. Conséquence directe de cette grève, la ville de Kinshasa s’est retrouvée quasiment paralysée, perturbant gravement les activités professionnelles et scolaires.

Déborah Misser Gbalanga, stagiaire