La Belgique a de nouveau attiré l’attention de l’Union européenne sur la dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Lors d’une réunion ce jeudi 29 janvier, le vice-premier ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a appelé à un engagement européen plus affirmé pour répondre à une crise qui, selon lui, ne peut être reléguée au rang de conflit oublié.
Lors d’une interview accordée à la presse, le chef de la diplomatie belge a souligné que Bruxelles reste attentive aux drames vécus par les populations congolaises tout en exprimant son inquiétude face à l’aggravation de la situation sur le terrain.
« Vous savez que la Belgique est sensible aux drames qui se déroulent en République démocratique du Congo. Nous avons pu saluer les initiatives de médiation politique menées à Washington et à Doha, mais, sur le terrain, la situation est pire que jamais. Elle est extrêmement préoccupante sur le plan humanitaire», a déclaré Maxime Prévot.
Selon lui, c’est notamment cette détérioration continue de la situation qui a poussé la Belgique avec d’autres États membres de l’UE, à inscrire la situation dans l’Est de la RDC à l’agenda de la réunion. Le ministre s’est par ailleurs dit surpris par la faible fréquence des discussions européennes consacrées à cette crise.
«Je m’étonne d’ailleurs que ce soit seulement la deuxième fois en l’espace d’un an que la situation dans l’Est du Congo soit traitée. Cela ne peut pas être un conflit oublié. C’est une situation pour laquelle l’Union européenne a un rôle à jouer », a-t-il insisté.
Tout en réaffirmant le soutien de son pays aux processus de médiation politique en cours, Maxime Prévot a plaidé pour que ceux-ci débouchent sur des résultats concrets, notamment un cessez-le-feu effectif et un retour à la paix durable. Il a également rappelé la position de la Belgique sur le respect de la souveraineté congolaise.
«Nous souhaitons que les processus de médiation aboutissent à de réelles solutions de cessez-le-feu et de paix. Il faut plaider pour un nouveau retrait des troupes du M23 et du Rwanda, afin que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC soient préservées », a-t-il affirmé.
Mais pour le ministre belge, l’urgence immédiate reste humanitaire. Il a dressé un tableau alarmant de la situation des civils, en particulier des femmes et des enfants, victimes directes des violences sexuelles.
« L’urgence, pour le moment est à l’action européenne pour répondre à la situation humanitaire, où une femme est violée toutes les quatre minutes et un enfant toutes les trente minutes », a-t-il ajouté.
Dans ce contexte, Maxime Prévot a appelé à des mesures concrètes pour faciliter l’acheminement de l’aide, notamment la réactivation de l’aéroport de Goma à des fins exclusivement humanitaires.
« Il est urgent d’activer l’aéroport de Goma pour délivrer massivement l’aide humanitaire. Qu’il n’y ait aucun doute : il n’y a pas de volonté d’un usage militaire de cet aéroport. Le point sur lequel la Belgique souhaite mettre l’accent est l’engagement européen beaucoup plus large aux enfants qui subissent depuis bien longtemps les affres tragiques de ce conflit » a-t-il précisé.
La question de l’acheminement de l’aide humanitaire notamment via l’aéroport de Goma, demeure au cœur du débat dans différents salons politiques. Kinshasa avait annoncé une initiative de réouverture pour faciliter l’aide, tandis que le M23 et le Rwanda appellent à ce que toute décision se fasse dans le cadre du processus de paix et du respect du contrôle territorial sur le terrain.
Yvonne Kapinga