Samedi 2 mai 2020 - 17:47

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"Présence de militaires rwandais" dans l’Est de la RDC : décryptage du silence de F. Tshisekedi et des propos ambigus de J. Makelele
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Des semaines, des mois durant, malgré les rumeurs persistantes sur la présence de militaires rwandais dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, les populations de ces contrées ont vainement attendu la réaction de la RDC d’en haut.  Récemment, d’aucuns ont même évoqué l’« envahissement » du territoire congolais par l’armée rwandaise. Kinshasa resté aphone. Ou presque. « A propos de la situation sécuritaire consécutive aux mesures de restriction prises à la suite de la proclamation de l’Etat d’urgence sanitaire, le Chef de l’Etat a invité le Gouvernement et tous les services concernés à doubler de vigilance, tant à l’intérieur qu’à nos frontières, pour déjouer toute velléité de perturbation de l’ordre public et d’incursion clandestine sur notre territoire dont les frontières demeurent fermées au passage des personnes. » (Compte-rendu de la réunion extraordinaire du Conseil des ministres du 17 avril 2020). « Incursion clandestine » : en provenance d’où ? A qui est-il fait allusion ? On n’en saura pas davantage. Malheureusement. De quoi exacerber.

L’« enquête » qui fait enfin réagir …

Dans ces entrefaites, Sonia Rolley publie les résultats de son « enquête » sur la prétendue présence de l’armée rwandaise dans les deux Kivu. Une lecture rigoureuse de cette « enquête » suffit pour en déceler des faiblesses méthodologiques. Qu’à cela ne tienne. Dans le fond, qu’en est-il des faits avancés ? A Kinshasa, comme si une consigne était donnée, c’est de l’indifférence ou ce qui s’y apparente. Contacté par RFI, pour donner la version officielle, le Ministre de la communication et Médias, Porte-parole du Gouvernement, Jolino Makelele, se veut quasiment muet.

Mieux vaut tard que jamais. Le 30 avril 2020, la voix autorisée du Gouvernement explique à la radio Top Congo : « Il n’y a pas de troupes étrangères au sens propre du terme, c’est-à-dire une Armée organisée qui vient avec des visées bien déterminées sur le sol congolais », a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « on peut se retrouver face à des éléments qui s’apparentent à des éléments des troupes étrangères, mais on n’a pas la confirmation que ces troupes sont effectivement des pays voisins et qu’elles sont venues avec une mission bien déterminée. Donc nous devons d’abord terminer nos enquêtes. »

Une chose est de dire si, oui ou non, il y a présence de militaires rwandais dans l’Est du pays. Une autre d’en expliquer les motivations. Soit des troupes rwandaises ont été invitées. Soit elles ont franchi la frontière nationale sans y avoir été conviées par l’Etat congolais. Ceci relèverait de la violation de l’intégrité territoriale, voire d’un acte d’agression. On comprend la gêne dans le discours de Jolino Makelele. « Toute vérité n’est pas bonne à dire ».  

Une certitude : les propos du Porte-parole du Gouvernement n’ont pas apaisé les esprits des millions des Congolais contraints de boire jusqu’à la lie le calice des déboires sécuritaires dans l’Est du pays. Bien au contraire. Car, quelques jours auparavant, le 27 avril, Paul Kagame a affirmé qu’« « Il n’y a pas un seul soldat des Forces de défense rwandaises qui s'est rendu sur ce territoire. Pas un seul. Le gouvernement de la République Démocratique du Congo connaît les faits. Il sait que les Forces de défense rwandaises ne sont pas là-bas. ». S’il est vrai que le Gouvernement congolais le « sait », pourquoi ne l’explique-t-il pas facilement et promptement pour écraser les rumeurs et éteindre les contre-vérités ?   

L’on s’attendait à la réaction du Président Tshisekedi, nouvel allié de Paul Kagame. En vain. A ce jour. Sous l’impulsion des deux dirigeants, la RDC et le Rwanda ont repris, l’année dernière, leur coopération militaire. A ce titre, « Nous avons également donné des informations au gouvernement congolais et ils ont commencé à agir sur la base de certaines des informations que nous leur avons données, car ils ont eu la possibilité de les vérifier et de voir ce qui grandissait dans le Nord-Kivu. Et ils ont commencé des opérations contre ces groupes tels que les FDLR et autres, car ils ont de multiples appellations  », a renchérit, le 27 avril, le Président rwandais. Du partage des renseignements militaires à la participation aux opérations, il n’y a pas dix mille pas.   

Deux hypothèses …  

Deux hypothèses sur le silence du Président Tshisekedi et les propos ambigus de Jolino Makelele. Soit les services de renseignements congolais accusent un défaut de célérité dans la collecte, le classement, le traitement et la transmission au décideur de données relatives à la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Soit ces données ont bel et bien été transmises en bon temps au décideur dont la perplexité serait à la base de l’aphonie puis de l’ambigüité du pouvoir exécutif. La deuxième hypothèse me parait plus plausible. Car reconnaitre explicitement la présence des troupes rwandaises dans les Kivu ou ne pas l’admettre clairement seraient non sans conséquences fâcheuses pour le Chef de l’Etat.

Admettre la présence des troupes rwandaises requiert de préciser l’Accord conclu à cet effet entre les deux pays. Problème : le Président de la République devra prouver que ce dossier était soumis à l’examen du Conseil des ministres et porté à la connaissance des deux chambres du Parlement. Ce que la réalité dément.

En outre, eu égard au régime de sanctions décrété par le Conseil de sécurité de l’ONU pour lutter contre l’institutionnalisation des violences armées en RDC, le Gouvernement congolais est astreint à notifier préalablement le Comité des sanctions de l’ONU de « livraisons d’armes et de matériel connexe, ou à la fourniture d’assistance ou de personnel » (Résolution 2293, para. 3, point d du Conseil de sécurité de l’ONU). Kinshasa est ainsi tenu à la transparence. A ce propos, le Protocole de non-agression et de défense mutuelle de la CIRGL dispose : « Les Etats membres favorisent et renforcent leur défense mutuelle en instaurant un climat de confiance et de bonne foi entre eux et leurs peuples par l’élaboration de politiques, mesures et mécanismes visant à renforcer les relations de bon voisinage et la coopération multisectorielle. » (Article 6, alinéa 5).  

Ceci requiert de donner sans tarder ni tergiverser les informations aux peuples et de dialoguer avec eux sur des faits qu’ils sont à même d’observer directement et de comprendre sans coup férir. Malheureusement, ni le silence ni l’ambigüité ne contribuent à la confiance des peuples congolais dans le discours officiel sur la présence de militaires rwandais dans l’Est de la RDC.

Par ailleurs, ne pas reconnaitre explicitement la présence de militaires rwandais dans les Kivu, c’est, pour le Président de la République, s’exposer à l’opiniâtreté de la vérité historique. En effet, le groupe d'experts des Nations Unies sur la RDC doit présenter au Conseil de sécurité de l’ONU, au plus tard le 15 juin 2020, son Rapport final des enquêtes ouvertes en août 2019 en vertu de la Résolution 2478 du 26 juin 2019. Dans son Rapport à mi-parcours présenté au Conseil de sécurité en décembre 2019, le groupe d'experts a, entre autre, fait état de la présence de troupes burundaises dans le Sud-Kivu. Ce, en brandissant les preuves fournies par la partie congolaise.

JJ MWENU

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