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Le porte-parole du candidat Emmanuel Ramazani Shadary, Aimé Kilolo, a qualifié d’inopérantes les sanctions de l’Union Européenne à l’encontre du candidat du Front Commun pour le Congo (FCC) à la présidentielle du 23 décembre. Dans son communiqué du 10 décembre dernier, le Conseil des ministres de l’Union Européenne (UE) avait annoncé le prolongement pour un an des sanctions contre 14 personnalités congolaises dont Shadary. L’internationaliste Martin Ziakwau a un avis différent. Il constate que Kilolo ne retient que l'hypothèse où Shadary serait proclamé président élu. Et si le contraire arrivait, même par absurde, qu'es-ce qui pourrait lui advenir à la suite de ces sanctions ?

Pour lui, c'est donc une contre-vérité que de considérer que ces sanctions sont inopérantes. « D'autant plus qu'en vertu de ces mesures restrictives, les personnes sanctionnées sont privées de fait du droit, sauf dérogation particulière, de fouler le sol européen. Ceci aurait été plus patent si les compatriotes de la diaspora avaient pu exercer leur droit de vote », dit-il.

Décryptage.

Il est empiriquement insoutenable d’avancer que les sanctions de l’Union européenne à l’encontre des personnalités congolaises revêtent un caractère inopérant. Car, en vertu de ces mesures restrictives, les Congolais concernés sont privés de fait du droit, sauf dérogation particulière, de fouler le sol européen. Ceci aurait été plus patent si les compatriotes de la diaspora, dont bonne quantité en Europe, avaient pu exercer leur droit de vote.

Pour l’heure, l’impact de la prolongation de ces sanctions relève de l’ordre essentiellement symbolique en ceci que, dans un contexte électoral, ces mesures participent à la dynamique de lutte contre la reproduction du régime en place. La matérialité de la portée de ces sanctions dépendra du déroulement et des résultats des élections du 23 décembre.

Si le candidat porté par le FCC est proclamé élu, il sera couvert par des immunités et privilèges diplomatiques qui pourraient contribuer à minimiser la signifiance de ces sanctions si, en plus, il bénéficie du soutien des puissances africaines et réussit rapidement à charmer des Etats phares de l’Union européenne.

S’il n’est pas proclamé élu, ces sanctions peuvent non seulement être maintenues, voire renforcées mais surtout donner lieu à des feuilletons complexes notamment sur le plan judiciaire.

Que le ministre des Affaires étrangères de la RDC ait officiellement plaidé en faveur de la non reconduction de ces sanctions, traduit la reconnaissance tacite de l’incidence fâcheuse que cela a et pourrait davantage avoir sur les personnes sanctionnées ainsi que sur la marge de légitimité extérieure du candidat porté par le FCC dont le projet de société intègre le concours des partenaires multilatéraux.

Mais, la sociologie électorale en RDC montre que, dans la construction des intentions de vote, les considérations subjectives priment sur les paramètres "objectifs". Il n’est donc pas évident que les électeurs indécis ou pro-FCC intègreront forcément ces sanctions dans la construction de leurs intentions de vote.

Martin ZIAKWAU Lembisa

Internationaliste, il est auteur du livre : Accord-cadre d'Addis-Abeba : Portée et incidence sur la République démocratique du Congo.