RDC : à Kinshasa, les déplacés de l’Est réclament une assistance de l’État

Les déplacés de l’Est vivant à Kinshasa dénoncent leur abandon et exigent une assistance de l’État
Une déclaration des déplacés de l’Est vivant à Kinshasa

Installés à Kinshasa après avoir fui les violences qui ravagent l’Est de la République démocratique du Congo, des milliers de déplacés dénoncent leur abandon et réclament une réponse des autorités. Réunis au sein du Comité représentatif des déplacés de l’Est vivant dans la capitale, ils appellent à la mise en place d’un dispositif d’accompagnement durable.

Dans une déclaration lue mardi 16 juin, en présence d’une dizaine de sinistrés de guerre, Jordan Mulikuza, président du comité de coordination des déplacés de l’Est à Kinshasa, a dénoncé ce qu’il qualifie d’« indifférence institutionnelle » face à la situation de ces familles venues principalement du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.

Selon le collectif, plus de 2 665 ménages vivent actuellement dans des conditions précaires dans la capitale congolaise. Parmi eux figurent des agents de l’administration publique, des enseignants, des étudiants, des avocats, des veuves de militaires ainsi que des femmes victimes de violences sexuelles liées aux conflits.

« Nous refusons de mourir en silence au cœur de la capitale de notre propre pays », a déclaré le comité, qui déplore l’absence d’un mécanisme spécifique de prise en charge pour les déplacés installés à Kinshasa.

Des étudiants sans soutien

La situation des étudiants déplacés illustre les difficultés auxquelles sont confrontées ces populations. Ebuta Kiza Jacques, originaire de Minembwe, dans le territoire de Fizi (Sud-Kivu), vit à Kinshasa depuis près de deux ans. Étudiant à l’Université pédagogique nationale (UPN), il représente les étudiants sinistrés de l’Est lors de cette manifestation.

Selon lui, plusieurs centaines de jeunes ayant fui les zones de conflit sont désormais privés de moyens pour poursuivre leur parcours académique.

« Ces jeunes qui ont fui leurs provinces à cause de la guerre ne parviennent plus à étudier. Certains sont venus directement des zones occupées pour poursuivre leurs études à Kinshasa, mais ils ne bénéficient aujourd’hui d’aucune assistance », explique-t-il.

Il évoque également le cas des étudiants qui dépendaient auparavant du soutien financier de leurs familles restées dans les provinces d’origine. Avec l’insécurité et l’occupation de certaines zones, ces parents ne sont plus en mesure de les accompagner.

« Aujourd’hui, leurs parents se trouvent dans des zones occupées, et ces jeunes ne peuvent plus poursuivre leurs études », poursuit-il.

Pour cette catégorie de déplacés, les revendications sont précises : exonération des frais académiques, accès à un logement et mise en place d’une assistance sociale. « Actuellement, plus de 700 étudiants sinistrés de l’Est se trouvent à Kinshasa », affirme Ebuta Kiza Jacques.

Un appel à une réponse gouvernementale

Au-delà des étudiants, le comité alerte sur la précarité générale des familles déplacées, confrontées à des difficultés d’accès au logement, aux soins de santé et à l’alimentation.

Les représentants des déplacés demandent le retour de la paix dans l’Est du pays afin de permettre aux populations de regagner leurs territoires d’origine. Ils réclament également l’ouverture d’un dialogue direct avec la Primature ainsi qu’une assistance humanitaire d’urgence pour les ménages recensés.

Ils plaident aussi pour la gratuité des soins de santé et l’exonération des frais académiques pour les étudiants déplacés et sinistrés vivant à Kinshasa.

Face à l’absence de réponse favorable des autorités, le collectif menace d’organiser de nouvelles actions de protestation devant les institutions publiques.

« Si l’État congolais refuse de nous regarder là où nous sommes cachés, il sera obligé de nous voir là où il gouverne », a lancé Jordan Mulikuza.

À Kinshasa, ces déplacés venus de l’Est espèrent désormais obtenir une reconnaissance officielle de leur situation et un accompagnement à la hauteur de leurs besoins.

César Olombo