Ebola: "sans un effort collectif, cette crise va s’aggraver", alerte Save the Children qui redoute les traumatismes et la stigmatisation chez les enfants

Un agent de santé dans le laboratoire de l'INRB
Un agent de santé dans le laboratoire de l'INRB

Une course contre la montre est engagée pour contenir l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, avant qu’elle ne s’aggrave dans un pays où les systèmes de santé, déjà exsangues, ont tardé à détecter la maladie et sont mal équipés pour enrayer sa propagation. Tel est le constat et l’appel lancés par Save the Children Fund, une organisation non gouvernementale internationale œuvrant à l’amélioration des conditions de vie des enfants dans le monde.

Alors que Save the Children se prépare à lancer une intervention d’envergure pour soutenir les systèmes de santé locaux et venir en aide aux familles et aux enfants touchés par Ebola, l’organisation humanitaire appelle à une mobilisation mondiale urgente pour endiguer le virus. Dans un communiqué rendu public mardi 19 mai 2026, l’organisation rappelle que, lors des précédentes épidémies d’Ebola, les jeunes enfants infectés au contact de soignants ou de membres de leur famille malades ont souvent présenté un taux de mortalité élevé. Outre les risques sanitaires liés à la maladie elle-même, l’organisation souligne que les enfants sont particulièrement exposés aux traumatismes, à la stigmatisation et à l’exploitation pendant une épidémie d’Ebola.

Pour cette organisation humanitaire internationale, en raison du taux de mortalité élevé associé à la maladie, de nombreux enfants peuvent perdre un ou leurs deux parents lors d’une épidémie et risquent d’être stigmatisés, isolés ou abandonnés.

"L’épidémie d’Ebola constitue une nouvelle crise majeure qui s’ajoute à une situation déjà difficile. Des circonstances exceptionnelles rendent cette épidémie bien plus complexe à contenir que celles que nous avons connues récemment. Elle se situe dans une zone de conflit et de crise humanitaire, où des centaines de milliers de personnes sont déplacées et où les systèmes de santé sont déjà fortement compromis", a déclaré Greg Ramm, directeur de Save the Children en RDC.

Et de poursuivre :

"Il s’agit également d’une souche d’Ebola différente de celles observées précédemment dans la province. Les tests disponibles, limités, visaient la souche Zaïre et se sont révélés négatifs. Lorsque la souche Bundibugyo a été détectée, elle s’était déjà largement propagée. Nous sommes engagés dans une course contre la montre".

Greg Ramm, directeur de Save the Children Fund en RDC, déplore le fait que la République démocratique du Congo soit confrontée à une crise sanitaire depuis des années alors que l’attention internationale a tendance à se focaliser sur des maladies inhabituelles, comme le mpox il y a deux ans et aujourd’hui Ebola.

Selon lui, il est essentiel que la communauté internationale ne se désintéresse pas de la situation une fois l’épidémie terminée, et que tout soit mis en œuvre pour que les enfants de la RDC puissent accéder aux soins de santé de base dont ils ont besoin, à tout moment.

"Notre priorité est d'enrayer la propagation du virus, ce qui implique de diffuser des messages sur les gestes barrières, la réduction des contacts et l'importance d'éviter tout contact direct avec une personne malade. Il s'agit également de mettre en place des mesures de prévention et de contrôle des infections de base dans les centres de santé et, là où les stocks de chlore ou de désinfectant sont insuffisants, de fournir ces produits", a-t-il plaidé.

Et d'ajouter :

"Il est crucial que la communauté internationale intensifie ses efforts pour protéger les enfants et les familles en RDC et contribuer à freiner la propagation du virus. Nous avons besoin de matériel, d'équipes sur le terrain et de la mobilisation de tous pour assurer la sécurité des populations".

L’épidémie de la maladie à virus Ebola constitue une nouvelle crise qui frappe la République démocratique du Congo, un pays ayant connu une forte recrudescence des conflits cette année, engendrant l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Avec 5,6 millions de personnes déplacées, dont environ 2,5 millions d’enfants, et 15 millions de personnes, soit près d’une personne sur sept, ayant besoin d’une aide humanitaire, la RDC est confrontée à une crise majeure.

Vingt-quatre heures après sa déclaration officielle comme 17e épidémie de maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, l'Organisation mondiale de la santé a déclaré que l’épidémie due à la souche Bundibugyo en RDC et en Ouganda constitue désormais une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).

Selon le communiqué rendu public samedi 16 mai 2026, le directeur général de l’OMS a fondé cette décision sur plusieurs éléments, notamment le taux élevé de positivité des premiers échantillons testés, la propagation déjà documentée au-delà des frontières congolaises ainsi que l’absence de vaccin ou de traitement approuvé contre cette souche spécifique. Pour Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, cette épidémie ne remplit cependant pas, à ce stade, les critères d’une urgence pandémique.

Clément MUAMBA