RDC : Gratien Iracan interpelle Guy Kabombo sur l’aggravation de l’insécurité en Ituri et au Nord-Kivu

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Gratien Iracan, député national

Le député  Gratien de Saint-Nicolas Iracan a officiellement transformé sa question écrite adressée au vice-Premier ministre et ministre de la Défense et Sécurité, Guy Kabombo, en une interpellation conformément aux articles 184, 202 et 203 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Au cœur de cette initiative parlementaire : la persistance des massacres des populations civiles dans les provinces de Ituri et du Nord-Kivu malgré l’état de siège, les opérations conjointes FARDC-UPDF et la présence des forces internationales.

Une situation sécuritaire jugée catastrophique

Dans son interpellation, le député dénonce une aggravation continue de la situation sécuritaire entre février et mai 2026. Selon les chiffres évoqués, plus de 210 à 230 civils auraient été tués dans des attaques attribuées aux terroristes ADF/ISCAP dans les territoires de Mambasa, Irumu, Beni et Lubero.

Parmi les attaques les plus meurtrières citées figurent :

* le massacre de Mambimbi-Isigo en territoire de Lubero ayant causé au moins 21 morts ;

* les tueries de Mambasa ayant fait plus de 106 victimes ;

* le carnage de Bafwakoya en territoire d’Irumu avec au moins 43 civils tués ;

* les attaques simultanées de Beni et Biakato ayant coûté la vie à au moins 36 personnes.

L’élu de Bunia ville souligne également les déplacements massifs de populations, la fermeture de structures sanitaires et l’abandon de plusieurs villages.

Des résultats militaires qualifiés de « mitigés »

L’un des principaux griefs adressés au ministre de la Défense concerne l’inefficacité des opérations militaires en cours.

Selon Gratien Iracan, le gouvernement lui-même reconnaît des « résultats mitigés » des opérations conjointes FARDC-UPDF. Dans sa correspondance, le ministère aurait admis plusieurs difficultés :

* déficits capacitaires ;

* insuffisance des moyens de projection militaire ;

* problèmes de ravitaillement ;

* faiblesse du renseignement opérationnel en temps réel.

Pour ce député de l’opposition, ces aveux traduisent l’échec partiel du dispositif sécuritaire alors que les massacres se poursuivent malgré l’état de siège.

L’absence de bilan chiffré des opérations militaires

M. Iracan reproche également au ministre de ne pas avoir fourni de données précises permettant d’évaluer l’efficacité réelle des opérations militaires.

Selon l’interpellation, aucun chiffre officiel détaillé n’a été communiqué concernant :

* le nombre exact de combattants ADF neutralisés ;

* les zones réellement sécurisées ;

* les pertes enregistrées au sein des FARDC ;

* les moyens matériels et financiers engagés ;

* les civils secourus ;

* les personnes disparues ;

* les mécanismes indépendants d’évaluation des opérations.

Cette absence de données vérifiables empêcherait, selon lui, l’Assemblée nationale d’exercer pleinement sa mission de contrôle de l’action gouvernementale.

Des zones d’ombre sur la chaîne de commandement FARDC-UPDF

Autre sujet majeur de préoccupation : la chaîne de commandement des opérations conjointes entre les FARDC et l’armée ougandaise UPDF.

L’auteur de l’interpellation estime que le gouvernement n’a jamais clarifié :

* l’autorité qui exerce le commandement opérationnel final ;

* les responsabilités exactes des FARDC et de l’UPDF ;

* les mécanismes de prise de décision ;

* les responsabilités en cas d’échec opérationnel ou de nouveaux massacres.

Pour le député, cette absence de transparence entretient un flou dangereux autour des responsabilités militaires et politiques.

Une stratégie sécuritaire remise en question

L’interpellation critique également la stratégie globale du gouvernement face aux groupes armés actifs dans l’Est du pays.

Le député évoque la multiplication des groupes armés et l’existence de « zones lacunaires » exploitées par les terroristes. Selon lui, cela démontre les limites de la stratégie sécuritaire actuelle ainsi que l’incapacité de l’État à garantir durablement la protection des civils.

Il s’interroge notamment sur :

* l’efficacité réelle de l’état de siège ;

* la coordination entre les différentes forces engagées ;

* la capacité des autorités à anticiper les attaques ;

* la protection effective des villages exposés.

Le manque de mesures concrètes pour protéger les civils

Gratien Iracan reproche aussi au gouvernement l’absence de mesures immédiates et visibles pour protéger les populations civiles.

Selon lui, aucune stratégie claire n’a été présentée concernant :

* les mécanismes d’alerte rapide ;

* la sécurisation permanente des villages ;

* l’évacuation préventive des populations ;

* le renforcement militaire dans les zones vulnérables ;

* la protection des structures sanitaires et humanitaires.

Le député souligne qu’au moment même où le gouvernement transmettait ses réponses au Parlement, de nouvelles attaques continuaient d’être signalées dans plusieurs territoires de l’Est du pays.

*Une interpellation pour exiger des explications publiques*

Face à ce qu’il qualifie de réponses « superficielles et non convaincantes », le député a décidé de transformer sa question écrite en interpellation parlementaire.

À travers cette démarche, Gratien Iracan souhaite obtenir devant la plénière :

* des explications détaillées sur l’état réel des opérations militaires ;

* des clarifications sur les responsabilités engagées ;

* un calendrier précis des mesures de stabilisation ;

* des engagements concrets pour restaurer durablement la paix en Ituri et au Nord-Kivu.

Le député  estime que la représentation nationale doit exercer pleinement son rôle de contrôle face à une crise sécuritaire et humanitaire qu’il juge « d’une gravité exceptionnelle ».