Importation de dollars réservée à la BCC : une mesure qui va renforcer le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et à rassurer les futurs investisseurs, selon André Wameso

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Dollars américains. Ph. ACTUALITE.CD

La Banque Centrale du Congo (BCC) s’apprête à devenir, dès avril 2027, l’unique institution habilitée à importer des dollars physiques en République démocratique du Congo. Interrogé sur les raisons de cette décision, d’autant plus qu’elle semble aller dans le sens d’asphyxier les activités des banques commerciales, le gouverneur de la BCC, André Wameso, a tenu à clarifier les motivations profondes de cette réforme.

Selon le gouverneur, cette mesure s’inscrit avant tout dans une logique de sécurisation du système financier. Tout en reconnaissant l’incident survenu à l’aéroport de Ndjili, où des personnes avaient été arrêtées avec des dollars américains dépassant le montant autorisé par la loi, il estime que ce type de situation renforce la nécessité de lutter contre le blanchiment des capitaux.

"Je crois que ce sont les raisons que j'ai donnees et la raison dont vous avez parlé là, fait partie de ces raisons. Le fait de se retrouver avec une mallette de dollars dans un hôtel ou à l'aéroport accroît le risque de blanchiment des capitaux", a déclaré André Wameso le 28 avril dernier lors d'un briefing presse avec le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya.

Il rappelle que la RDC a consenti d’importants efforts pour sortir de la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI), une instance internationale chargée de surveiller les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

"Il faut anticiper. Prendre des mesures, c’est anticiper puisque nous avons répondu à toutes les recommandations du GAFI en la matière", a rappelé André Wameso, gouverneur de la Banque Centrale du Congo.

Une fois sorti, éviter un retour sur la liste grise 

Pour le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, une fois la sortie de la RDC de la liste grise officiellement actée après les efforts fournis, l’enjeu sera désormais de consolider ces acquis.

"Il ne faudrait pas qu’une fois que la RDC sort de cette liste, nous puissions y retourner quelques mois après parce que notre dispositif n’est pas suffisamment robuste", a-t-il fait savoir lors de son intervention.

L’ancien directeur de cabinet adjoint du chef de l’État Félix Tshisekedi, chargé des questions économiques et financières, André Wameso, insiste sur le fait que rester en dehors de la liste grise constitue un défi encore plus complexe que d’en sortir.

"Même nos interlocuteurs nous ont dit qu'il est plus difficile de rester en dehors de cette liste grise que de revenir à nouveau, Ce n’est pas parce que vous sortez de cette liste que cela vous donne des gages de sûreté que vous n’allez plus y retourner", a souligné André Wameso, gouverneur de la Banque Centrale du Congo.

Un signal fort pour les partenaires internationaux 

Pour le gouverneur de la Banque Centrale du Congo André Wameso, la mesure va également dans le sens de  rassurer les partenaires économiques de la RDC, en particulier les États-Unis, dans un contexte de mise en œuvre de l'Accord de partenariat signé entre la RDC et les États-Unis d'Amérique.  Dans ce cadre, la transparence et la traçabilité des flux en dollars deviennent essentielles.

"Vous savez très bien que nous attendons des investissements importants des États-Unis d'Amérique à la faveur du partenariat stratégique qui a été conclu sous le leadership du Président Félix Tshisekedi entre la RDC et les États-Unis d'Amérique donc c'est l'une des questions qu'ils vont regarder à la loupe si nous avons des dispositifs anti blanchiment des capitaux surtout ici que nous sommes entrain de parler du dollar", a laissé entendre André Wameso, gouverneur de la Banque centrale du Congo.

À l’issue d’une réunion du Comité de pilotage et de suivi de l’exécution du plan d’actions (COPS-ICRG), présidée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba, il a été relevé que la République démocratique du Congo venait de franchir une étape décisive dans son processus de sortie de la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI). Sur les 23 actions prioritaires convenues avec l’institution, 20 ont été intégralement mises en œuvre, portant le taux d’exécution à près de 90 %. La réunion, tenue jeudi 19 mars 2026, a réuni plusieurs institutions clés, notamment le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, la vice-ministre des Finances, Gracia Yamba, le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, ainsi que les responsables de la CENAREF, de l’ARCA, du FOLUCCO, du COLUB et de l’UNICEP.

Les échanges avaient permis d’évaluer l’efficacité opérationnelle du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Trois axes principaux ont été examinés : le renforcement du cadre législatif, notamment à travers la loi n° 25/048 du 1er juillet ; l’évolution des enquêtes et poursuites judiciaires en matière de blanchiment ; ainsi que l’intensification des contrôles basés sur les risques par les autorités de supervision, en particulier la BCC et l’ARCA. S’agissant des trois actions encore en suspens, relatives notamment à l’effectivité des sanctions et aux contrôles opérationnels, celles-ci devront être présentées lors de la réunion en face-à-face prévue en Namibie, dans le cadre du Groupe d’examen de la coopération internationale du GAFI.

C’est dans ce contexte que s’est tenue,  lundi 27 avril 2026 à Swakopmund, en Namibie, une session de travail stratégique entre la task force congolaise et le Groupe conjoint du GAFI. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de l’examen du 10ᵉ rapport d’avancement du processus ICRG (International Cooperation Review Group). Au cœur des échanges figurait l’évaluation des progrès réalisés par la RDC dans la mise en œuvre des réformes exigées par le GAFI.

Clément MUAMBA