Le Collectif des Médias pour l’Observation et le Suivi des Accords de paix en RDC (COMOSA), une initiative citoyenne de journalistes et d’organisations professionnelles des médias, a rendu public ce mardi 10 mars à Kinshasa, son premier rapport d’observation sur la mise en œuvre de l’Accord de paix signé le 17 juin 2025 entre la République démocratique du Congo et la République du Rwanda, sous les auspices de l’administration Trump, communément appelé « Accord de Washington».
D’après les hommes des médias, ce premier rapport qui couvre la période allant du 27 juin 2025 date de la signature de l’accord au 2 mars 2026 date de l’annonce des sanctions contre l’armée rwandaise, vise à fournir aux médias, au public et aux parties prenantes une évaluation indépendante, rigoureuse et factuelle de l’état réel de la mise en œuvre de cet accord majeur, considéré comme l’un des cadres diplomatiques les plus importants pour la stabilisation de la région des Grands Lacs.
Selon le COMOSA, le taux global moyen de mise en œuvre de l’Accord de Washington est estimé à environ 31 % au 2 mars 2026. Ce niveau traduit un processus institutionnellement engagé mais structurellement fragile, marqué par un écart persistant entre les engagements formels et leur traduction effective sur le terrain.
"Près de 10 mois après sa signature et son entrée en vigueur, l’Accord de Washington demeure un cadre diplomatique structurant pour la stabilisation de la région des Grands Lacs. Les mécanismes institutionnels mis en place témoignent d’une volonté initiale de désescalade. Toutefois, les développements sécuritaires récents notamment l’épisode d’Uvira et les sanctions américaines ont mis en évidence la fragilité persistante de la mise en œuvre effective des engagements. Avec un taux global moyen estimé à 31 %, le processus apparaît engagé mais encore instable. La consolidation du processus Washington–Doha–Lomé dépendra désormais de la capacité des parties à transformer les engagements politiques en mesures concrètes, vérifiables et irréversibles, centrées sur la sécurité des populations civiles", a affirmé Jonas Kota, membre du collectif.
Principaux constats
Selon le collectif, l’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord de Washington est reflétée par des cotations basées sur des notes attribuées à chaque acte qui devait ou doit être posé dans le cadre de la mise en œuvre, par axe de l’accord. La sommation des notes obtenues est exprimée en pourcentage, dont l’ensemble dégage une moyenne globale. Cette évaluation est présentée de la manière suivante : l’observation menée entre le 27 juin 2025 et le 2 mars 2026 met en évidence une évolution contrastée du processus de mise en œuvre de l’Accord de Washington.
Avancées institutionnelles
Sur le plan institutionnel, le collectif note que les mécanismes prévus par l’Accord ont été mis en place et continuent de fonctionner formellement, avec un niveau de réalisation estimé à 70 %. Cependant, les développements sécuritaires intervenus au début de l’année 2026 ont révélé les limites opérationnelles de ces dispositifs, notamment en matière de prévention et de correction des violations.
Mise en œuvre sécuritaire insuffisante
Le rapport du collectif révèle que la mise en œuvre sécuritaire effective sur le terrain demeure particulièrement limitée, avec un taux estimé à 20 %. La prise puis la libération de la ville d’Uvira, ainsi que les éléments ayant conduit aux sanctions américaines du 2 mars 2026 contre l’armée rwandaise et quatre de ses hauts officiers, illustrent les fragilités persistantes du pilier sécuritaire.
Retard dans le pilier économique
Le rapport indique que le pilier économique affiche un niveau de réalisation estimé à 15 %. Les initiatives annoncées restent largement déclaratives et peu opérationnelles, dans un contexte où l’instabilité sécuritaire continue de compromettre la crédibilité des projets d’intégration économique régionale.
Fragilité de la confiance politique
Selon le collectif, la cohérence politique et la confiance mutuelle entre les parties sont évaluées à 20 %. Si le processus s’est élargi avec l’articulation des initiatives de Washington, Doha et Lomé, cette multiplication des cadres de médiation traduit également une fragmentation diplomatique et une confiance encore fragile entre les parties.
Actes restant à entreprendre
Le rapport souligne que plusieurs engagements majeurs de l’Accord demeurent partiellement ou insuffisamment exécutés. Parmi les priorités identifiées figurent : La mise en œuvre complète et vérifiable des engagements sécuritaires, notamment en ce qui concerne la non-présence de forces étrangères ; le renforcement d’un mécanisme crédible et indépendant de vérification des incidents sécuritaires ; la clarification de l’articulation entre les processus Washington – Doha – Lomé afin d’éviter les chevauchements et la fragmentation diplomatique ; la concrétisation de projets économiques conjoints et la traçabilité des ressources naturelles ; le renforcement de la protection des populations civiles dans les zones affectées par les tensions.
Recommandations
Au regard des évolutions récentes du processus, le rapport formule plusieurs recommandations sur les différents volets de l’accord.
Sur le plan sécuritaire : renforcer les mécanismes de surveillance et leur capacité d’investigation ; instaurer un dispositif d’alerte rapide et de gestion concertée des incidents ; garantir la transparence et la vérifiabilité des engagements militaires.
Sur le plan politique : consolider un cadre cohérent d’accompagnement du processus Washington – Doha – Lomé ; renforcer les engagements publics visant à restaurer la confiance ; éviter toute instrumentalisation militaire ou politique des cadres de dialogue.
Sur le plan économique : accélérer la mise en œuvre de projets économiques pilotes ; améliorer la traçabilité des flux économiques et des ressources naturelles ; associer davantage les communautés locales aux initiatives régionales.
Sur le plan international : renforcer la coordination entre partenaires internationaux et acteurs africains ; privilégier une approche cohérente fondée sur des résultats concrets et vérifiables.
Créé par plusieurs organisations professionnelles de référence du secteur des médias, le Collectif des Médias pour l’Observation et le Suivi des Accords de paix en RDC (COMOSA) s’est donné pour mission, entre autres, de contribuer à une observation responsable du processus de paix, dans un esprit de transparence, de prévention des tensions et de promotion d’une information fiable au service de la paix.
À travers cette publication, le COMOSA poursuit plusieurs objectifs. Il vise d’abord à mettre à la disposition des médias, du public et des décideurs une information fiable et accessible sur l’état de mise en œuvre de l’Accord de Washington, tout en assurant une fonction de veille et d’alerte sur le respect des engagements pris par les parties signataires.
Le collectif entend également identifier de manière objective les avancées, les retards et les écarts entre les engagements politiques et les actions concrètes sur le terrain. Enfin, il ambitionne de contribuer à un débat public apaisé et informer autour du processus de paix, en limitant les risques de désinformation et de polarisation.
Clément MUAMBA