Processus de Doha : l'échéance de dix jours a expiré sans libération des prisonniers, des accusations mutuelles s’accumulent entre AFC/M23 et Kinshasa après Montreux 

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Alors que le round de négociations mené à Montreux, en Suisse, du 13 au 17 avril 2026, entre des représentants du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), en présence de représentants des États-Unis d’Amérique, de l’État du Qatar et de la République du Togo (en tant que médiateur de l’Union africaine), était perçu comme une opportunité de relancer le processus de Doha  en suspens depuis la signature de l’Accord-cadre en novembre 2025 et des termes de référence du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu en février 2026 , la réalité sur le terrain reste inchangée, sans résultats concrets dans la mise en œuvre des engagements convenus en Suisse.

Ce constat fait suite à l’expiration du délai de dix jours convenu par les parties pour procéder à la libération des prisonniers afin de renforcer la confiance. Bien qu’aucune communication officielle n’ait été faite par les parties, il est établi qu’aucun prisonnier n’a été libéré, en dépit de la bonne volonté affichée par les différents protagonistes, à savoir la rébellion de l’AFC/M23 et Kinshasa.

Cette impasse diplomatique continue d’avoir un impact négatif sur la situation sécuritaire avec la poursuite des combats dans l’est de la République démocratique du Congo. 

Parallèlement, depuis la signature du communiqué conjoint de Montreux, comme lors des précédents rounds de discussions menés à Doha, la situation demeure marquée par des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et de non-respect des engagements.

Dans un communiqué  dimanche 26 avril, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé avoir abattu, en plein vol,  samedi 25 avril 2026, un drone de type UAV appartenant à l’armée rwandaise. L’appareil a été intercepté au Point Zéro, dans les Hauts Plateaux de Minembwe, en territoire de Fizi, au Sud-Kivu. Selon l’armée, cet aéronef exécutait une mission offensive dirigée contre les positions des FARDC ainsi que les populations civiles.

"La répétition de ces actes démontre une volonté persistante de remise en cause des engagements pris dans le cadre des initiatives de désescalade et des accords internationaux en vigueur", ont déploré les FARDC.

En réaction du côté de l’AFC/M23, Lawrence Kanyuka, porte-parole du mouvement rebelle, a déclaré que du samedi 25 avril au dimanche, les forces coalisées du régime de Kinshasa ont mené des bombardements simultanés, soutenus et ininterrompus à Gakenke, Mikenke ainsi que leurs environs, dans la région de Minembwe. Selon ce mouvement, appuyé par le Rwanda, ces attaques, conduites au moyen de drones de combat kamikazes et de type KT-6, constituent une violation flagrante et répétée du cessez-le-feu.

311 prisonniers assimilés au M23 concernés  ainsi que 166 assimilés à Kinshasa concernés

Faisant la restitution des discussions de Montreux à Goma le 22 avril, Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23, a réaffirmé l’engagement du mouvement à respecter ses engagements.

"Nous sommes tombés d’accord sur la libération, dans un délai de dix jours à compter de la signature des communiqués, des prisonniers identifiés par le CICR. Le Comité international de la Croix-Rouge a réalisé un travail remarquable. Chaque partie au conflit a transmis ses listes de détenus. De notre côté, nous avons remis une liste de 778 détenus, affiliés à l’AFC/M23. Le gouvernement a également fourni une liste. À partir de ces données, le CICR a identifié 311 prisonniers assimilés au M23, ainsi que 166 figurant sur les listes transmises par Kinshasa", avait expliqué le chef de la délégation de l'AFC/M23.

Lors d’un briefing de presse ce lundi 27 avril, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a réaffirmé la volonté de l’exécutif d’honorer ses engagements dans le cadre de ce processus afin de “permettre aux populations de l’Est de reprendre une vie normale”.

"Vous pouvez compter sur nous et le Président de la République et l'ensemble du gouvernement, nous allons nous assurer que nous avons fait notre part pour que la paix revienne très rapidement et pour que nos populations puissent retrouver leur espace habituel où ils font leurs activités", a affirmé Muyaya.

Pas de descente sur le terrain dans le cadre de l’opérationnalisation du cessez-le-feu

Outre la libération des détenus, prévue au plus tard  lundi 27 avril, un autre engagement convenu à Montreux concernait la descente sur le terrain dans le cadre du mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu. Celle-ci était envisagée une semaine après la signature du communiqué conjoint, soit le 24 avril. Cependant, elle n’a pas été réalisée, notamment en raison de conditions jugées défavorables sur le terrain marquées par la poursuite des hostilités et accusations mutuelles. 

Par ailleurs, la MONUSCO avait rappelé les préalables nécessaires à un contrôle crédible du cessez-le-feu, notamment l’arrêt des drones offensifs, la fin du brouillage GPS, la liberté de mouvement du personnel onusien, ainsi que la sécurisation des aéroports et de l’espace aérien. Lors de son briefing de presse, Patrick Muyaya a annoncé la tenue, ce mardi 28 avril, d’une réunion consacrée à la finalisation de l’opérationnalisation du mécanisme de vérification du cessez-le-feu.

"Dans ce cadre, il y aura la réunion que nous avons annoncé pour permettre la finalisation de l'opérationnalisation du mécanisme du cessez-le-feu et la poursuite des discussions sur des protocoles humanitaires et judiciaires mais sur les autres protocoles listés dans le cadre de ce qui avait été convenu à Doha", a-t-il signifié.

Ces accusations répétées et le non-respect des engagements entre les protagonistes mettent en évidence la fragilité du processus de paix impliquant les deux parties armées sur le terrain. Des voix continuent de s’élever, tant au niveau national qu’international, appelant les différents acteurs à respecter les engagements pris dans le cadre des initiatives de paix.

L’objectif de ces appels est de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques observées sur le papier. Toutefois, sur le terrain, peu de changements sont constatés, ce qui confirme un statu quo et met en lumière la lenteur des initiatives diplomatiques, dont les progrès restent, pour l’essentiel, sans impact concret.

Clément MUAMBA