Mahagi : tensions entre deux villages, plusieurs blessés et des maisons incendiées

ne maison brûlée à Yumbi, Photo ACTUALITE.CD

Une vive tension a été observée mardi 28 avril dans le groupement des Jupio (chefferie des Anghal), dans le territoire de Mahagi (Ituri), où un conflit foncier entre deux villages a dégénéré en violences. À l’origine de ces incidents, des accusations portées par les habitants de Jupavu contre ceux de Jupalungu, soupçonnés d’avoir détruit des produits vivriers dans un champ. « Ce sont des tensions anciennes autour de ce champ. La destruction des cultures a été l’élément déclencheur », témoignent des habitants.

Selon des informations recueillies localement, au moins une douzaine de maisons ont été incendiées lors des affrontements entre les habitants des villages Jupavu et Jupalungu. « Plusieurs maisons ont été incendiées lors des échauffourées entre les deux villages », rapportent des sources locales.

Une source policière à Ugalu confirme un bilan de six blessés et l’arrestation de deux présumés instigateurs. « Nous avons enregistré six blessés et procédé à l’arrestation de deux suspects », confie un commandant de la police locale.

Ce nouvel épisode s’inscrit dans une tendance plus large. Le territoire de Mahagi est considéré comme l’un des plus touchés par les conflits fonciers en Ituri, avec des centaines de litiges recensés ces dernières années. Dans certains cas, ces conflits dégénèrent en violences extrêmes, avec des maisons incendiées et des pertes en vies humaines, comme déjà observé récemment dans d’autres localités de Mahagi.

Au-delà de Mahagi, la question foncière constitue l’un des principaux moteurs des tensions en Ituri. Selon plusieurs analyses, près de 80 % des conflits dans la province sont liés à la terre, avec des répercussions directes sur la sécurité et la cohésion sociale. Cette réalité s’observe également dans le territoire de Djugu, où les conflits fonciers s’entremêlent souvent avec les violences armées, aggravant l’instabilité.

La problématique foncière ne se limite pas aux zones rurales. À Bunia, un différend récent oppose la communauté Bira à l’Église catholique autour de concessions foncières, illustrant une autre facette du problème : celle de la superposition entre droits coutumiers et droits urbains. Dans ce dossier, la jeunesse Bira dénonce une spoliation de terres ancestrales, tandis que l’Église soutient la légalité de ses titres dans les limites administratives de la ville.

De Mahagi à Djugu, en passant par Bunia, la terre reste au cœur des tensions. Dans un contexte marqué par l’insécurité, la pauvreté et les déplacements de populations, chaque litige foncier peut rapidement devenir un facteur de violence. Sans mécanisme efficace de régulation et de justice foncière, ces conflits risquent de continuer à alimenter un cycle de violences, compromettant les efforts de stabilisation dans la province de l’Ituri.

Freddy Upar, à Bunia