À Kinshasa, le 27 avril, l’Observatoire « Pour Elles » a été officiellement lancé lors d’une table ronde réunissant chercheurs, professionnels, partenaires techniques et acteurs de la société civile, avec pour objectif de structurer, analyser et promouvoir l’entrepreneuriat féminin en République démocratique du Congo.
Portée par un consortium incluant Expertise France, Louvain Coopération, avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD) et d’autres partenaires dont la FES, cette initiative se positionne comme un cadre de concertation et de production de connaissances destiné à éclairer les politiques publiques et transformer durablement l’écosystème entrepreneurial.
Dès cette première sortie, les participants ont dressé un état des lieux précis des réalités du terrain : difficultés d’accès au financement, insuffisance de formation et d’information, lourdeurs administratives, stéréotypes de genre persistants et violences basées sur le genre.
« Une femme peut avoir un projet, mais sans financement, elle ne peut pas le concrétiser. À cela s’ajoutent les tracasseries administratives qui freinent son évolution », a souligné Marguerite Nzouzi, sociologue et experte en genre engagée dans l’accompagnement des femmes entrepreneures, rappelant que son rôle consiste à les sensibiliser, structurer leurs initiatives et orienter leurs choix vers des activités viables.
La sociologue a insisté sur les blocages socioculturels :
« Le manque de formation, le harcèlement sexuel, l’absence de pouvoir décisionnel dans la famille et le déficit de confiance en soi restent des obstacles majeurs ».
Dans la même dynamique, Prisca Tchala, chargée de sensibilisation au sein de l'expertise france, a précisé que l’approche va au-delà de l’appui technique et financier :
« Il s’agit de créer un environnement favorable en travaillant avec les femmes, mais aussi avec leur entourage et l’ensemble de l’écosystème pour déconstruire les stéréotypes et réduire les violences basées sur le genre ».
L’Observatoire entend également combler le fossé entre recherche et pratique. « Il fallait rapprocher scientifiques et professionnels pour produire des analyses ancrées dans le contexte congolais et orienter des décisions réalistes », a expliqué la professeur économiste Allegra Kabamba. À travers la collecte de données, l’analyse des dynamiques existantes et la diffusion de connaissances, la structure vise à centraliser l’information et à proposer des solutions adaptées.
Les partenaires attendent des résultats concrets : influencer les politiques publiques, sensibiliser la population, changer les mentalités et renforcer la place des femmes dans l’économie.
« L’objectif est que les analyses et contenus produits impactent le pouvoir public et la société, afin que l’entrepreneuriat féminin occupe pleinement sa place dans le développement du pays », a renchéri la professeure.
En réunissant universités, monde professionnel et société civile, l’Observatoire « Pour Elles » veut ainsi s’imposer comme un outil stratégique pour faire émerger un environnement plus inclusif, où les femmes entrepreneures peuvent évoluer, se structurer et contribuer durablement à la croissance économique de la RDC.