Maintien de la paix et de la sécurité internationale : Énergie, minéraux critiques et sécurité était le thème à l'ordre du jour de la 10 114ᵉ séance du Conseil de sécurité des Nations Unies, sous la direction des États-Unis d'Amérique, qui assure la présidence du Conseil pour ce mois de mars. Parmi les intervenants figurait Rosemary DiCarlo, en sa qualité de Secrétaire générale adjointe de l'ONU aux affaires politiques et à la consolidation de la paix.
Dans son intervention, elle a établi un lien entre les ressources naturelles et les conflits, en particulier dans un contexte de mauvaise gouvernance de ces minéraux. Prenant l'exemple de la région des Grands Lacs en Afrique, elle a précisé que, depuis le début de la crise actuelle, la coalition AFC/M23 parvient à générer plus d’un million de dollars par mois grâce à l’exploitation minière illicite et à la contrebande.
"La région des Grands Lacs en est un bon exemple. Dans l'Est de la République démocratique du Congo, le contrôle des zones riches en minéraux est un facteur majeur de violence et façonne la dynamique politique régionale. Depuis le début de la crise actuelle dans la région, la coalition AFC/M23 aurait engrangé plus d'un million de dollars par mois grâce à l'exploitation minière illicite et à la contrebande. Les Casques bleus de l'ONU présents dans le pays travaillent avec les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux pour réduire l'influence des groupes armés sur les zones minières et perturber les filières d'approvisionnement illicites en minéraux", a déclaré jeudi 5 mars 2026 Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe de l'ONU aux affaires politiques et à la consolidation de la paix.
Pour compléter ces actions, la diplomate onusienne a indiqué que l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs soutient les efforts visant à lutter contre l’extraction illicite des ressources. Il collabore avec la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et le Processus de Kimberley afin d’améliorer la traçabilité, de renforcer les mécanismes de conformité et de consolider la gouvernance partagée des ressources naturelles.
"Les opportunités et les risques que représentent les minéraux critiques sont particulièrement criants dans le cas des États touchés par un conflit. L'exploitation de ces minéraux est géographiquement concentrée. Plusieurs pays et régions touchés par des conflits sont d'importants producteurs.Par exemple, plus de 70 % de l'extraction mondiale de cobalt a lieu en République démocratique du Congo. La plupart des batteries qui alimentent nos appareils intelligents utilisent ce matériau" a-t-elle fait remarquer lors de son intervention.
Pour elle, dans les contextes de conflit, l’exploitation minière, lorsqu’elle n’est pas gérée de manière responsable, peut avoir des conséquences dévastatrices : elle peut affaiblir la gouvernance, alimenter les économies illicites et financer des groupes criminels ou armés.
Selon la diplomate onusienne, le Conseil de sécurité a reconnu le lien entre les ressources naturelles et les conflits. Dans plusieurs contextes, il a imposé des mesures ciblées, notamment des sanctions, afin de mettre fin au commerce illicite de certaines matières premières et d’empêcher l’exacerbation des conflits.
"Les groupes d’experts qui appuient ces régimes de sanctions ont contribué à identifier les violations, à retracer les chaînes d’approvisionnement et à renforcer la mise en œuvre des mesures visant à freiner l’exploitation et le commerce illicites. Leurs travaux ont permis d'accumuler une mine de connaissances et d'analyses sur le phénomène plus large de la manière dont l'extraction illicite de ressources soutient les groupes armés et alimente les économies de conflit. Le Conseil a, par exemple, établi des régimes de sanctions en lien avec les situations en République démocratique du Congo et en Libye, et imposé des restrictions à Al-Shabaab", a illustré la diplomate onusienne dans son discours
Cette session intervient dans un contexte où l’Est de la République démocratique du Congo fait face à une agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. En toile de fond de ces agressions répétitives, Kinshasa y voit depuis longtemps des guerres économiques, selon les autorités congolaises, dont l’objectif principal serait la prédation et l’exploitation illicite des matières premières en RDC, tout en apportant un soutien militaire à des groupes rebelles, comme c’est le cas actuellement avec la rébellion de l’AFC/M23.
Du côté de Kigali, ces accusations sont rejetées. Depuis plus de trente ans, le Rwanda évoque la menace représentée par les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), qu’il considère comme une menace à sa sécurité en raison de leur idéologie génocidaire. Quant à son soutien militaire à la rébellion de l’AFC/M23, le Rwanda l’a toujours nié, malgré plusieurs éléments de preuve, notamment des rapports d’experts de l’ONU et de diverses organisations internationales. Kigali estime que les tensions entre Kinshasa et l’AFC/M23 relèvent d’une crise interne, liée à une prétendue maltraitance de la communauté tutsie.
Ces différentes questions ont été abordées dans le cadre des processus de Washington, qui traite des tensions entre Kinshasa et Kigali, ainsi que celui de Doha, qui s’intéresse à la crise entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23. Malgré ces initiatives pilotées par les États-Unis d’Amérique et le Qatar appuyées par l'Union africaine, des résultats concrets peinent à se matérialiser, et les hostilités se poursuivent sur le terrain, mettant en danger les populations civiles et aggravant une situation humanitaire déjà précaire, dans un contexte de baisse croissante des financements internationaux pour l’aide humanitaire.
Clément MUAMBA