Est de la RDC : accusations croisées de violations du cessez-le-feu, Kinshasa pointe les attaques récurrentes de la coalition RDF-AFC/M23

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La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo demeure préoccupante et précaire, à la suite des combats généralisés opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon les Nations unies, aux forces gouvernementales. Ces affrontements continuent d’affecter gravement le bien-être des populations civiles et d’aggraver la situation humanitaire dans cette partie du pays, dans un contexte marqué par la réduction des financements humanitaires à l’échelle mondiale ainsi que par les difficultés d’accès des acteurs humanitaires aux zones affectées, en raison des combats opposant les différents protagonistes.

Présentant la situation sécuritaire et opérationnelle sur les différents fronts lors de la 80ᵉ réunion du Conseil des ministres, le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Guy Kabombo, a fait état du bon comportement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) face à ce qu’il a qualifié d’attitude belliciste de la coalition RDF/AFC-M23. Selon lui, cette attitude est notamment caractérisée par la prédation des minerais stratégiques dans les zones occupées, ainsi que par des violations systématiques du cessez-le-feu, à travers des attaques récurrentes.

"Le VPM, Ministre de la Défense nationale et anciens combattants a indiqué qu’en dépit des initiatives de paix prises par les organisations sous-régionales avec le soutien des Nations Unies et de l’Union africaine, la situation opérationnelle a été marquée par l’attitude belliciste de la coalition RDF/AFC-M23, caractérisée par la prédation des minerais stratégiques dans les zones occupées, la désinformation et les violations systématiques du cessez-le-feu par des attaques récurrentes, lesquelles ont été tenues en échec grâce aux capacités des Forces armées de la République démocratique du Congo, défendant vaillamment leurs positions et surtout les populations", rapporte le compte rendu de la réunion.

Pour sa part, la rébellion de l'AFC/M23 présente à son tour les faits à sa manière, démontrant les difficultés persistants pour les deux parties de parler un même langage en dépit de leur engagement dans les initiatives diplomatiques de paix notamment le processus de Doha sous l'égide de l'État du Qatar. Dans un communiqué publié ce samedi 28 février 2026, le mouvement rebelle alerte la communauté nationale et internationale : le régime Tshisekedi a délibérément décidé de bafouer le cessez-le-feu et leur imposer une guerre totale dans l'Est de la République démocratique du Congo.

Pour ce mouvement rebelle, appuyé par le Rwanda selon l’ONU, cette guerre généralisée impose à ses soldats et aux populations civiles de devenir les principales cibles des drones, même en dehors des lignes de front. Selon le communiqué, ces violations flagrantes ont coûté la vie à l’un de leurs officiers supérieurs de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), le Colonel Willy Ngoma, tombé le 24 février 2026, et continuent d’ôter la vie à de nombreux compatriotes innocents.

"Ces crimes ne passeront ni inaperçus ni impunis. La mémoire des victimes nous oblige et engage notre responsabilité collective. Ces crimes ne resteront pas sans conséquences. Notre devoir est de garantir la protection de nos populations ainsi que nos soldats sur toute l'étendue du territoire libéré", souligne le mouvement AFC/M23.

À titre indicatif, l'AFC/M23 rappelle que, depuis plusieurs semaines, l'Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) n'a cessé de dénoncer et d'alerter les partenaires engagés dans le processus de paix au sujet des violations répétées du cessez-le-feu, ainsi que des massacres de civils perpétrés par le régime de Kinshasa dans de nombreuses zones densément peuplées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment à Kawele, Mweso, Rutigita, Kitazungura, Rugezi, Kitendebwa, Kashihe, Kiduveri, Rubaya, Rumbishi, Walikale, Masisi, Kalehe, Gasovu, Nkokwe, Gatoyi, Minembwe, Gasheke, Murema, Mberwa, Ruki, Mutobo, Nyaruhinga, Rutare, Kadasomwa, Nyagisozi, Nyabikeri, Kinyumba, Nyabyondo, Kasirosiro, Bunyantenge et Misiya, ainsi que dans leurs environs.

"Malgré la constance et la gravité de ces alertes, celles-ci ont été délibérément ignorées, révélant un mépris manifeste pour les efforts de désescalade et pour la protection des populations civiles.Face à cette guerre généralisée imposée par Kinshasa, l'AFC/M23 se tient résolument aux côtés des populations civiles, demeure fermement engagée dans le processus de paix et réaffirme sa détermination à défendre et protéger les civils ainsi que leurs biens", précise l'AFC/M23.

Ce décès d’un des hauts cadres du mouvement après celui de Magloire Paluku, survient dans un contexte d’intensification des combats dans l’Est de la RDC. Cette montée des hostilités fait suite au non-respect du cessez-le-feu proposé par l’Angola, à l’intensification des frappes aériennes menées par l’armée congolaise, ainsi qu’aux offensives terrestres conduites par les Wazalendo, alliés des FARDC, contre les positions de l’AFC/M23, un groupe soutenu par le Rwanda, selon les Nations-Unies.

Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques à savoir les processus de Washington et de Doha, appuyés par l'Union africaine, progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Clément MUAMBA