RDC: une résilience macroéconomique revendiquée malgré une contrainte sécuritaire persistante (FMI)

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FMI-RDC. Ph. Droits tiers.

Dans sa deuxième revue au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et sa première revue au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF), le Fonds monétaire international dresse le portrait d’une économie congolaise jugée « résiliente » en 2024–2025, en dépit d’un conflit armé persistant dans l’Est. Cette résilience repose sur la solidité des agrégats macroéconomiques, mais demeure étroitement conditionnée à une pression sécuritaire qui continue de peser lourdement sur les finances publiques et les équilibres sociaux.

Le rapport du FMI souligne que l’économie de la République démocratique du Congo a maintenu une trajectoire de croissance élevée malgré un contexte sécuritaire qualifié de « hautement difficile ». La croissance du PIB réel a atteint 6,1 % en 2024 et devrait rester supérieure à 5 % en 2025 et 2026. Cette performance est principalement attribuée au secteur extractif, qui demeure le principal moteur de l’activité, tandis que les secteurs non extractifs progressent à un rythme plus modéré.

Le FMI note que cette dynamique s’est poursuivie alors même que de vastes territoires de l’Est restent affectés par les hostilités, situation qui a aggravé la crise humanitaire et accru les besoins de financement public. Le rapport ne précise toutefois pas dans quelle mesure cette croissance bénéficie aux zones directement touchées par le conflit.

Autre pilier de la résilience mise en avant : la stabilisation macro-financière. L’inflation a nettement reculé, passant de 11,7 % fin 2024 à 2,2 % en novembre 2025, sous l’effet d’une politique monétaire restrictive et de l’appréciation du franc congolais. Cette désinflation a permis un assouplissement mesuré de la politique monétaire, avec une baisse du taux directeur de la Banque centrale du Congo en octobre 2025.

Sur le front externe, le FMI relève un rétrécissement progressif du déficit courant et une accumulation continue de réserves de change, atteignant 10,1 semaines d’importations en 2024 et un objectif programmé de 11,7 semaines fin 2025. Le rapport souligne cependant que ce niveau reste inférieur au seuil d’adéquation recommandé, ce qui limite les marges de manœuvre face à des chocs externes ou sécuritaires.

Si la résilience est saluée, le FMI insiste sur son caractère fragile. Le conflit dans l’Est est identifié comme la principale contrainte macroéconomique. Les dépenses exceptionnelles de sécurité ont dépassé les projections initiales d’environ 1,2 point de PIB, en raison de l’intensification des opérations militaires. Ces surcoûts ont contribué à l’augmentation du déficit budgétaire et à des tensions accrues sur l’exécution des dépenses.

Le rapport précise que ces pressions ont conduit à des dépassements du plafond des dépenses exécutées par procédures d’urgence et ont limité la capacité de l’État à respecter le plancher de dépenses sociales, deux objectifs indicatifs du programme. Le FMI n’apporte toutefois pas d’évaluation détaillée des effets sociaux de ces arbitrages budgétaires.

Dans son évaluation globale, le FMI considère que la RDC a préservé une stabilité macroéconomique « relative » grâce à une gestion prudente des politiques budgétaire et monétaire, malgré un choc sécuritaire prolongé. Cette appréciation reste cependant assortie de réserves importantes : toute aggravation du conflit, un choc sur les prix des matières premières ou une baisse de l’aide extérieure pourrait rapidement fragiliser les équilibres actuels.

Le FMI conclut que la résilience observée repose sur des facteurs conjoncturels favorables notamment le secteur extractif et la désinflation, mais qu’elle demeure étroitement dépendante de la capacité des autorités à contenir les dépenses liées à la sécurité et à maintenir la discipline macroéconomique dans un contexte de risques élevés.