Sud-Kivu : l’AFC/M23 prive la province de 84 % de ses recettes et mobilise jusqu’à 20 millions USD par mois, selon Jean-Jacques Purusi

Jean-Jacques Purusi
Jean-Jacques Purusi

Tout comme le Nord-Kivu, la province du Sud-Kivu n'est pas entièrement sous le contrôle du gouvernement de la République démocratique du Congo. La rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, occupe de vastes pans de la province, y instaurant une administration parallèle à celle de Kinshasa, avec d’importantes conséquences dans plusieurs domaines de la vie provinciale.

Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a révélé ce jeudi 2 avril à Kinshasa, que l’occupation des territoires par l’AFC/M23 fait perdre à la province près de 84 % de ses recettes.

"Par rapport au déficit budgétaire, en perdant Bukavu, Walungu, une partie de Kalehe, mais aussi Kabare, nous avons perdu environ 84 % des recettes provinciales. Avant de quitter Bukavu, notre budget était de 5,5 millions USD, c'est-à-dire le budget qui a été voté par la province avec les perspectives, donc 66 millions USD. Arrivés à Uvira, nous avons tout perdu", a déclaré le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi lors d’un briefing de presse.

Selon lui, en se référant aux stratégies mises en place avant de quitter Bukavu, la rébellion de l’AFC/M23 parvient à générer entre 17 et 20 millions USD par mois de recettes provinciales. M. Purusi affirme que l’ensemble de ces fonds transite vers le Rwanda.

"L'AFC/M23 appuyée par le Rwanda a récolté des taxes, c'est-à-dire ils ont mis en exécution notre plan de développement qu'on avait déjà monté, bien structuré et ils ont généré jusqu'à 17 millions USD le mois selon nos enquêtes et tout cet argent a traversé de l'autre côté vers le Rwanda", a-t-il déploré.

Et d'ajouter : "Ils ont fait une taxation forcée contre une population affamée, qui n'a plus de travail, qui n'a plus rien, ni de commerce, le doigt à la gâchette, cette taxation forcée leur a généré entre 17 million dollars à 20 millions par mois".

Face à cette situation et restant dépendant du gouvernement central à Kinshasa, il a révélé avoir sollicité et obtenu de Kinshasa l’autorisation de mobiliser les recettes, mais cette fois-ci en les captant à partir des frontières de la province du Sud-Kivu.

“Si nous parvenons rapidement à assurer la bancarisation, la numérisation et la mise en place d’un guichet unique, nous pourrions générer à nouveau environ 3 à 4 millions USD par mois. Cependant, cela ne sera possible qu’à une seule condition : il faut tenir compte du fait que toutes les structures ont été pillées, c’est-à-dire que les infrastructures et services ont été détruits, les biens confisqués, les banques vandalisées, et que l’ensemble de l’économie locale a été gravement affecté", a-t-il fait remarquer.

Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington  matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris, alimentant une méfiance persistante et des tensions.

Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, connaissent également un net ralentissement. Destinées à compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, ces négociations restent largement au point mort. Plusieurs mesures déjà actées, dont le mécanisme de cessez-le-feu, la déclaration de principes et l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Clément MUAMBA