Tout le monde a vu ces images de la honte et tout le monde a eu son mot à dire, ou a posé un acte. De Kinkole à Diamant, des plateaux des télévisions au Conseil de Ministres, Par les ondes ou sur les réseaux sociaux, on a tous réagi avec émotion, colère ou compréhension. Cependant ces images ne sont pas seulement l’enregistrement d’un crime ; elles sont le miroir de notre naufrage collectif. Cette vidéo n’est pas un incident isolé, c’est le symptôme d’une société qui a laissé son humanité au seuil des hôpitaux.
À Kinshasa, dans l'intimité profanée d’une salle d’accouchement, une femme nue, ensanglantée et vulnérable, a été rouée de coups par celui qui avait juré de la protéger. Mais ne vous y trompez pas : si la main du médecin a frappé, c’est tout un système qui a armé son bras par son mépris et son incurie.
Le mirage du "Sauveur" : La violence n'est pas un soin
L’argument de défense du praticien et de ses soutiens est aussi vieux que l’oppression : « Il a frappé pour sauver des vies. » Cette rhétorique est une imposture intellectuelle et morale. La violence ne peut jamais être un protocole médical. Prétendre que la vie d’une patiente justifie qu’on la roue de coups est une aberration technique : Des coups portés avec brutalité peuvent avoir des conséquences dévastatrices, parfois très graves sur une personne affaiblie et qui peuvent à la fois toucher le physique et le psychique. Ils peuvent augmenter le stress, l'hémorragie et le risque de choc. Frapper n'est pas "sauver", c'est abdiquer face à son propre échec professionnel. Si la patiente s'agitait, c'est que son corps hurlait l'absence d'anesthésie. On ne soigne pas une souffrance par une agression ; on ne restaure pas la vie en piétinant la dignité.
Le malade n’est pas un objet : Le droit au consentement
Il est temps de rappeler une vérité fondamentale : le médecin n’est pas un dieu et le patient n’est pas sa chose. Le corps de la femme n’est pas un territoire de conquête où le scalpel donne tous les droits. Le droit au consentement éclairé et le respect de l'intégrité physique sont les piliers de la médecine moderne. Agir "pour le bien" d'autrui en l'humiliant et en le frappant est la définition même de la tyrannie. Un acte médical sans respect du patient n'est qu'une agression caractérisée. La vulnérabilité de la femme en couches exige une protection accrue, et non une exploitation de sa faiblesse.
La faillite de l'État : Une gratuité sanglante
Mais le coupable n’est pas seul dans ce box. À ses côtés siège l'irresponsabilité politique. Comment peut-on encore pratiquer des sutures à vif au XXIe siècle ? La « gratuité de la maternité » est devenue un slogan macabre. Sans anesthésiants, sans fils de suture, sans gants, l’État transforme les maternités en chambres de torture.
En privant les hôpitaux de moyens rudimentaires, le pouvoir politique accule les soignants à l'improvisation sauvage et les patients au martyre. Cette pénurie organisée est le premier acte de violence.
Un personnel soignant en perdition éthique
Nous n'ignorons pas la détresse des jeunes médecins, jetés sans armes dans des structures en ruine. Mais la précarité ne justifie pas la perte de l'âme. Quand le soignant filme le supplice de sa patiente au lieu de chercher une solution humaine, il rompt le serment d'Hippocrate pour signer un pacte avec la barbarie. La sanction dérisoire de trois mois de suspension est un crachat au visage de toutes les mères de ce pays. Ce que la vidéo révèle, c’est l’abîme où s’est noyée l’éthique médicale, et certaines réactions de justification sonnent comme un permis de maltraiter, une complicité silencieuse qui dit aux femmes : « Votre douleur ne vaut rien. »
Appel à l’action : Pour un pacte de dignité
Nous, citoyens, exigeons :
1. Une sanction exemplaire à la hauteur de cette barbarie et l’aboutissement des poursuites pénales pour "actes de torture et traitements dégradants".
2. L'audit immédiat des fonds alloués à la gratuité de la maternité et à l’assurance santé universelle : où sont les médicaments et les matériels médicaux ?
3. Des mesures claires d’interdictions totales de la violence contre la femme en milieu gynécologique et obstétrique sanctuarisant le corps des femmes.
4. Une mise en œuvre radicale et un suivi minutieux des recommandations éthiques des personnels de santé et excuses publiques de l’Ordre des Médecins pour ce comportement inhumain et indigne d’un des leurs. Trouver des circonstances atténuantes à un tel acte, c’est le légitimer et indigne du Serment d’Hippocrate.
La dignité d'une nation se mesure à la sécurité qu'elle offre à celles qui donnent la vie. En restant silencieux, nous devenons les complices de ce sang qui dégouline. Si toutes les responsabilités devraient pleinement être établies, ce n’est pas seulement ce médecin qui serait à la barre, mais aussi le Directeur de son hôpital, le ministre provincial de la Santé et le ministre national de la Santé.
Les Signataires