Crise dans l’Est : “la RDC attend de la communauté internationale non pas des émotions, mais une cohérence d’action : dire la vérité et agir en conséquence” (Félix Tshisekedi)

Félix Tshisekedi en visioconférence à la réunion SADC-EAC
Félix Tshisekedi en visioconférence à la réunion SADC-EAC

Sécuriser durablement l’Est de la République démocratique du Congo et renforcer la gouvernance ainsi que l’efficacité publique figurent parmi les quatre priorités du Président Félix Tshisekedi pour l’année 2026. Il l’a rappelé ce samedi 31 janvier 2026 devant les ambassadeurs et diplomates accrédités en RDC, à l’occasion de la cérémonie d’échange des vœux organisée au Palais de la Nation à Kinshasa.

"Au seuil de cette année 2026, la République Démocratique du Congo réaffirme sa détermination à œuvrer, avec l’ensemble de ses partenaires, à la construction d’un ordre international fondé sur la paix, le respect du droit, la solidarité et la prospérité partagée. L’année 2026 doit être celle d’un saut qualitatif à la fois dans la sécurité et dans la transformation structurelle du pays autour de quatre priorités, à savoir : sécuriser durablement l’Est et restaurer l’autorité de l’État;  accélérer la gouvernance et l’efficacité publique ; transformer l’économie pour produire, industrialiser et créer de l’emploi ; consolider l’unité nationale et la cohésion sociale", a souligné le Chef de l'État Félix Tshisekedi dans son discours.

Sur la situation sécuritaire du pays marquée par l’activisme de la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est, Tshisekedi dit attendre de la communauté internationale non pas des émotions, mais une cohérence d’action face aux acteurs impliqués dans la déstabilisation de la RDC.

"Et, parce que la paix ne se décrète pas, la République Démocratique du Congo attend de la communauté internationale non pas des émotions, mais une cohérence d’action : dire la vérité et agir en conséquence lorsque les faits sont établis et que des responsabilités sont reconnues ; renforcer l’appui humanitaire, la protection des déplacés et la prise en charge des victimes, car chacun sait que, dans l’Est de mon pays, les besoins dépassent encore largement les moyens disponibles. Je compte, enfin, sur chacune et chacun d’entre vous, pour relayer auprès de vos capitales et de vos institutions le message d’une République démocratique du Congo en mouvement : un pays résolument tourné vers l’avenir, animé par une énergie nouvelle, ouvert aux partenariats et résolument engagé à construire un avenir de paix et de prospérité", a-t-il indiqué, s’adressant aux diplomates. 

Cette nouvelle interpellation de Félix Tshisekedi intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.

Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit  notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Cette inertie diplomatique ne cesse de favoriser  la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur dans la crise congolaise, l’Angola opère actuellement un retour progressif et discret dans le dossier. Luanda a relancé des consultations élargies, multipliant les contacts avec la quasi-totalité des parties prenantes impliquées dans la crise. En dehors de l'Angola, le Togo vient d’organiser une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs

Clément MUAMBA