L’inquiétude grandit autour du sort d’Espoir Mbata, directeur de la radio communautaire Top Buzi FM, arrêté par la rébellion de l’AFC/M23 le 29 mars à Minova, dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Transféré le lendemain vers Goma, le journaliste est depuis détenu dans un lieu tenu secret, selon Reporters sans frontières (RSF).
L’organisation condamne fermement ce qu’elle qualifie de détention arbitraire et appelle à la libération immédiate du journaliste. RSF exprime également son inquiétude face à la multiplication d’atteintes contre les professionnels des médias dans les zones affectées par le conflit armé.
« L’arrestation et la détention dans un lieu secret d’Espoir Mbata montre une nouvelle fois que, contrairement à ce qu’il affirme dans ses déclarations publiques, le groupe rebelle M23 cible les journalistes dans les territoires qu’il contrôle. Les proches et les confrères d’Espoir Mbata sont sans nouvelle de lui depuis maintenant plus de quatre jours. RSF appelle le groupe rebelle à mettre fin à leur calvaire et à libérer immédiatement le journaliste », indique l’organisation.
D’après les informations recueillies par RSF, Espoir Mbata a été interpellé tôt le matin du 29 mars dans les locaux de la radio Top Buzi FM par trois individus se présentant comme membres du groupe armé rebelle M23. La veille, le journaliste avait partagé dans un groupe WhatsApp une vidéo montrant un rassemblement populaire organisé après l’annonce du retrait présumé du M23 de certaines localités de l’est du pays.
Le mouvement rebelle AFC/M23, soutenu par le Rwanda, a alors décidé de briser le silence pour éclairer l’opinion sur cette question. Son porte-parole, Lawrence Kanyuka, avait en effet évoqué, sur son compte X, une « rotation des unités », indiquant s’être retiré de plusieurs zones entre le 23 et le 28 mars. Toutefois, la ville stratégique de Minova, située sur l’axe reliant Goma à Bukavu, est restée sous le contrôle du groupe armé.
Selon RSF, Espoir Mbata a été détenu pendant une journée dans l’ancien cachot de la police à Minova avant d’être transféré à Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu. Depuis ce transfert, aucune information officielle n’a été communiquée sur son lieu de détention ni sur son état de santé.
L’épicentre des atteintes à la liberté de la presse
Cette arrestation intervient dans un contexte de détérioration continue des conditions de travail des journalistes dans l’est du pays, marqué par la résurgence des combats entre le M23, soutenu par le Rwanda et les FARDC, appuyées notamment par les Wazalendos.
Dans son rapport intitulé "Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs", publié le 26 mars dernier, RSF identifie les groupes armés ainsi que certains acteurs politiques comme les principaux « prédateurs » de la liberté de la presse dans la région. L’organisation décrit également l’est de la RDC comme l’épicentre des violences contre les journalistes, où il devient « presque impossible » d’exercer un journalisme indépendant dans les zones touchées par les combats.
Pris en étau entre l’enclume du M23 et le marteau des FARDC, les reporters sont régulièrement exposés à des pressions, intimidations et menaces émanant aussi bien de groupes armés que d’acteurs étatiques. Dans ce climat d’insécurité, les radios communautaires, qui constituent souvent la principale source d’information pour les populations locales, sont particulièrement vulnérables.
Selon RSF, au moins 33 radios ont été pillées, détruites ou contraintes de suspendre leurs activités depuis janvier 2024 dans la province du Nord-Kivu. Une situation qui fragilise davantage l’accès à une information fiable dans une région déjà confrontée à une instabilité sécuritaire persistante.
James Mutuba