Entre juin 2025 et janvier 2026, cela fait exactement sept mois qui se sont écoulés depuis la signature de l’Accord de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous les auspices de l’administration Trump, dans un contexte marqué par l’activisme de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui ne jure que par la poursuite des conquêtes territoriales dans la partie Est de la République démocratique du Congo.
D’après le bilan dressé par le Baromètre des Accords de Paix en Afrique, l’Accord de Washington, sept mois après sa signature, fait du surplace dans sa mise en œuvre. L’institution affirme que le taux global d’exécution demeure inchangé par rapport aux derniers mois et se situe, à ce jour, autour de 23,3 % des engagements pris entre les deux parties, États de la région des Grands Lacs.
"Sept mois après la signature, la mise en œuvre de l’Accord peine à décoller. Les progrès demeurent limités, inégaux et en perte de dynamique. Le taux global d’exécution étant resté inchangé à 23,3 %, sans évolution par rapport aux niveaux enregistrés en novembre et décembre 2025", lit-on dans le rapport consulté par ACTUALITE.CD ce dimanche 1er février.
Selon le document, les principaux éléments positifs observés au cours de la période du 1er au 31 janvier 2026 concernent essentiellement le cadre institutionnel et diplomatique, notamment à travers :
- La réunion de haut niveau de Lomé (16-17 janvier 2026) visant la cohérence et la consolidation des processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs et ayant permis l’adoption de la nouvelle architecture de médiation de l’UA ;
- La tournée régionale du Médiateur de l’UA et du Panel des Facilitateurs, entamée en fin janvier 2026, destinée à opérationnaliser la nouvelle architecture de médiation ;
- La réunion extraordinaire de la CIRGL à Livingstone des experts de la défense (8–10 janvier 2026) visant à examiner l’aggravation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et les réponses régionales possibles ;
- Les consultations élargies du Président João Lourenço avec les acteurs congolais, politiques, armés et religieux, en vue de relancer un dialogue politique inclusif face à la crise sécuritaire persistante ;
- Les auditions à la Commission des affaires étrangères du Congrès américain (22 janvier 2026) visant à évaluer l’état du processus de paix RDC–Rwanda et la mise en œuvre de l’Accord de Paix de Washington et;
- Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira.
En revanche, précise le Baromètre des Accords de Paix en Afrique, les principaux défis observés sont : l’intensification des hostilités, la non-neutralisation des FDLR, la non-levée des mesures défensives rwandaises, ainsi que les entraves persistantes à l’accès effectif de l’aide humanitaire en faveur des populations civiles. C’est dans ce contexte que le rapport formule plusieurs recommandations spécifiques à l’attention de chacune des parties prenantes, dont certaines avaient déjà été émises dans les rapports précédents :
Au gouvernement américain
- Maintenir et renforcer la pression diplomatique et politique coordonnée sur les deux parties, afin d’assurer le respect des engagements et des délais convenus, notamment en ce qui concerne la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises par la RDC;
- Envisager une approche mixte combinant incitations diplomatiques et, en dernier ressort, mesures coercitives ciblées à l’encontre des acteurs identifiés comme entravant délibérément la mise en œuvre de l’Accord.
Au gouvernement congolais
- Accélérer, sans plus tarder, la mise en œuvre d’opérations coordonnées visant la neutralisation des FDLR ;
- Envisager, dans le cadre de ces efforts de neutralisation, l’implication officielle de la MONUSCO, en ciblant en particulier les zones abritant des éléments des FDLR mais actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23 ;
- Envisager de fournir à l’ensemble des parties prenantes des assurances claires et vérifiables attestant qu’aucun membre des FDLR n’est intégré au sein des FARDC ;
- Reconnaître la nature multidimensionnelle de la crise (au-delà des enjeux sécuritaires) et promouvoir un dialogue politique structuré et inclusif, visant la stabilisation durable, sans remettre en cause l’ordre constitutionnel.
Au gouvernement rwandais
- Mettre en œuvre, sans plus tarder, le plan harmonisé de désengagement et de levée des mesures défensives ;
- Fournir des garanties sécuritaires et/ou judiciaires crédibles aux membres des FDLR encore présents en RDC mais hésitant à se rendre, afin de faciliter leur rapatriement volontaire vers le Rwanda ;
- Inciter l’AFC/M23 à s’abstenir de toute entrave aux éventuelles opérations de la MONUSCO visant la neutralisation des FDLR abritant les zones sous leur contrôle, dans l’hypothèse où une demande formelle serait introduite par le Gouvernement congolais.
Au gouvernement Qatari
- Encourager la relance du processus de paix de Doha, actuellement en suspens, les parties concernées (le Gouvernement de la RDC et l’AFC/M23) ne s’étant plus réunies pour des échanges depuis la mi-novembre 2025.
A l’Union africaine et au médiateur de l’UA
- Envisager l’adoption d’un cadre normatif formel définissant la complémentarité et la non-exclusivité des engagements issus des processus de Washington et de Doha, ainsi que le rôle de central de la coordination de l’UA ;
- Finaliser l’adoption d’un instrument méthodologique commun, ainsi que d’autres outils opérationnels destinés à encadrer et à harmoniser le travail du Panel des Facilitateurs et des experts du Secrétariat Conjoint Indépendant ;
- Préciser si les consultations menées actuellement par le Président Lourenço s’inscrivent dans un processus autonome ou constituent une initiative complémentaire aux cadres de Washington et de Doha, dans le contexte de la nouvelle architecture de médiation, afin d’éviter toute perception de concurrence ou de fragmentation des efforts de paix ;
- Plaider pour l’allocation d’un financement autonome pour le Panel des Facilitateurs et le Secrétariat Conjoint Indépendant, via l’adoption d’un budget dédié au sein de l’UA, garantissant sa viabilité institutionnelle et opérationnelle de l’architecture, indépendamment des contributions des partenaires externes.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, viennent de reprendre une nouvelle fois après un longue période au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Clément MUAMBA