Est de la RDC : entre avancées judiciaires et recrudescence des abus, le sombre bilan du BCNUDH avec 524 violations des droits humains en mars en hausse de 13 % par rapport au mois passé

Des personnes arrêtées par les rebelles de l'AFC/M23 à Goma
Des personnes arrêtées par les rebelles de l'AFC/M23 à Goma

Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) continue de dresser un tableau préoccupant de la situation des droits humains en République démocratique du Congo. Dans son dernier rapport mensuel, rendu public jeudi 11 juin 2026 et consulté par ACTUALITE.CD, l’institution onusienne fait état d’une augmentation des violations et atteintes aux droits humains, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits armés dans l’Est du pays.

Selon le BCNUDH, " la situation humanitaire et des droits humains a continué à se dégrader" au cours du mois de mars 2026. Au total, 524 violations et atteintes aux droits humains ont été documentées durant cette période, contre 478 en février, soit une hausse de 13 %.

L’organisme souligne que cette augmentation "confirme une tendance à la détérioration du contexte de protection, portée à la fois par l’intensification des combats dans l’est du pays et par la persistance de violations et atteintes commises dans d’autres espaces sous contrôle étatique".

Les provinces de l’Est demeurent les plus touchées. Près de 83 % des cas recensés ont été enregistrés au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri et au Maniema. Le Nord-Kivu concentre à lui seul plus de la moitié des violations documentées dans les zones de conflit.

Les violences sexuelles restent préoccupantes

Le BCNUDH a également documenté au moins 46 cas de violences sexuelles liées aux conflits ayant affecté 70 victimes, dont 53 femmes et 17 filles. Bien que le nombre de victimes soit en baisse par rapport aux 101 recensées en février, les Nations unies appellent à la prudence dans l’interprétation de ces chiffres.

"Cette baisse ne peut être interprétée de manière automatique comme une amélioration de la situation"  souligne le rapport. Le BCNUDH explique que "les contraintes d’accès humanitaire et l’intensification de l’insécurité ont considérablement réduit la capacité à identifier, joindre et documenter les survivantes".

L’organisation ajoute que "l’évolution chiffrée observée peut refléter davantage une sous-documentation des violences qu’un recul réel de leur incidence". Les groupes armés restent les principaux responsables de ces violences, avec 63 % des victimes documentées. Les acteurs étatiques sont quant à eux impliqués dans 37 % des cas recensés.

Des avancées judiciaires et des actions de prévention

Sur le plan de la lutte contre l’impunité, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) relève quatre procédures judiciaires impliquant des membres des forces de sécurité ont abouti en mars 2026. Trois personnes, deux militaires des FARDC et un agent de la Police nationale congolaise ont été condamnées, tandis qu’un militaire a été acquitté.

Le BCNUDH met également en avant ses efforts de sensibilisation. Neuf sessions de formation ont été organisées à travers le pays au profit de 778 participants, dont 221 femmes. Ces activités ont concerné notamment des magistrats, des défenseurs des droits humains, des étudiants, des agents de l’État ainsi que des membres des forces de défense et de sécurité.

"Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de prévention structurelle des violations, en cherchant à renforcer la connaissance des normes applicables et les capacités des acteurs appelés à les mettre en œuvre ou à les faire respecter", a souligné le Bureau conjoint dans son rapport

Cette détérioration de la situation des droits de l'homme se poursuit dans un contexte où en dépit de l’existence de l’Accord de Washington et des réunions d’évaluation qui se succèdent, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se détériorer. Cette évolution intervient malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de la crise.

L’érosion de la confiance entre les parties ainsi que le manque de volonté politique de certains acteurs régionaux, qui freine la mise en œuvre effective des engagements pris, demeurent des défis majeurs pour les médiateurs, notamment les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar. Ces derniers sont appelés à poursuivre leurs efforts en faveur d’une issue à la crise sécuritaire actuelle, marquée par la présence de la rébellion de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent jusqu’à présent sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage hypothétique.

Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent toujours à accorder leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.

Clément MUAMBA