Le gouvernement congolais a reconnu samedi l'existence de blessés parmi les manifestants et les forces de l'ordre lors de la dispersion du sit-in organisé la veille à Kinshasa par la coalition d'opposition C64, tout en annonçant l'ouverture de vérifications sur les circonstances des incidents. Le communiqué, publié le 13 juin 2026 par le ministère de la Communication et des Médias, marque un changement de ton sensible par rapport aux déclarations de la veille, sans pour autant répondre aux accusations les plus graves portées par l'opposition et les organisations de défense des droits humains.
« Des blessés ont été enregistrés parmi les manifestants et les forces de l'ordre, tandis que d'importants dégâts matériels ont été constatés, notamment l'incendie de plusieurs véhicules et d'autres dégradations de biens publics et privés », indique le texte. Le gouvernement annonce que « les services compétents ont été instruits de procéder à toutes les vérifications nécessaires dans le strict respect de la loi » afin d'établir les circonstances exactes des incidents.
Le communiqué ne mentionne aucun mort. Or le Forum des Droits Humains, dont les observateurs étaient déployés sur le terrain, et le mouvement citoyen LUCHA ont tous deux documenté la mort de deux militants. La Voix des Sans Voix a évoqué de son côté une répression « musclée, sanglante et disproportionnée ». Martin Fayulu, leader de l'opposition blessé lors des incidents et retranché au siège de son parti l'ECiDé, avait affirmé par téléphone que deux personnes avaient été tuées devant le bâtiment. Ces accusations restent sans réponse dans le communiqué gouvernemental.
Le texte indique par ailleurs que le Ministre d'État en charge de la Justice et Garde des Sceaux a rendu visite aux responsables des formations politiques concernées afin d'échanger sur les circonstances des incidents. Il ne précise ni les noms des interlocuteurs rencontrés, ni les conclusions de ces échanges.
Ce communiqué tranche avec les déclarations de la vice-ministre de l'Intérieur, Eugénie Tshiela Kamba, qui s'était rendue sur le terrain vendredi après-midi pour affirmer que les images de blessés circulant sur les réseaux sociaux relevaient d'une « mise en scène orchestrée par l'opposition » utilisant du sang animal. Le gouvernement ne reprend pas cette accusation dans son texte du 13 juin et ne la réitère pas.
Il ne fait pas non plus mention de la Force du Progrès, milice informelle proche du pouvoir dont la présence aux côtés des forces de l'ordre lors de la dispersion a été signalée de manière concordante par la LUCHA, la Voix des Sans Voix et Human Rights Watch. Ida Sawyer, directrice de la division Crises, Conflits et Armements de Human Rights Watch, avait indiqué vendredi que « la police présente sur place ne semblait pas être intervenue pour empêcher » les attaques menées par ce groupe contre le siège de l'ECiDé.
Le gouvernement « condamne fermement les incidents » et réaffirme son attachement aux libertés publiques consacrées par la Constitution, « notamment la liberté d'expression, la liberté de réunion et le droit de manifestation pacifique », tout en précisant que l'exercice de ces droits « s'inscrit dans le respect des lois de la République, de l'ordre public ainsi que de la sécurité des personnes et des biens ». Il appelle l'ensemble des acteurs politiques, sociaux et de la société civile à « faire preuve de retenue et de responsabilité ».
Les événements du 12 juin s'inscrivent dans une crise politique ouverte autour d'une proposition de loi fixant les conditions d'organisation d'un référendum, adoptée le 9 juin par l'Assemblée nationale sans la participation de l'opposition. Transmis au Sénat le 10 juin, le texte est en cours d'examen par la commission politique, administrative et juridique de la chambre haute. L'opposition accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir modifier la Constitution pour s'ouvrir un troisième mandat, ce que la majorité parlementaire dément. L'ancien président Joseph Kabila avait pris position la veille du sit-in, qualifiant l'adoption de la loi référendaire de « forfaiture manifeste » et appelant à un « sursaut national ».
Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege avait pour sa part condamné la répression dans un communiqué distinct, appelant la communauté internationale à s'opposer à ce qu'il qualifie de « coup d'État constitutionnel en gestation ». Human Rights Watch a exigé l'ouverture d'une enquête indépendante, impartiale et transparente sur les violences du 12 juin.