Le gouvernement provincial de Kinshasa, dirigé par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki, a réagi aux incidents survenus lors de la manifestation organisée vendredi 12 juin par la Coalition 64 (C64), une plateforme de l'opposition qui exige le retrait de la proposition de loi portant sur le référendum, actuellement en examen au Sénat après son adoption en première lecture à l'Assemblée nationale.
Dans un communiqué officiel publié à l'issue de cette manifestation et signé par le ministre provincial de la Santé, Hygiène, Prévention, Affaires sociales, Actions humanitaires, Personnes vulnérables, Communication et porte-parole du gouvernement provincial, le Dr Gongo Abakazi Patricien, les autorités provinciales disent déplorer les violences et les troubles à l'ordre public qui ont marqué cette mobilisation.
Selon le gouvernement provincial, les organisateurs avaient été autorisés à tenir leur rassemblement au terrain Assossa afin de préserver " le caractère inviolable du siège du Parlement ", conformément aux dispositions du règlement intérieur de cette institution. Toutefois, les autorités affirment que les manifestants ont décidé de s'affranchir des conditions fixées par l'administration urbaine en modifiant, contre toute attente, l'itinéraire préalablement convenu.
"D'après les premières informations communiquées par les services provinciaux, aucun décès n'a été enregistré. Le bilan provisoire fait état de 20 blessés légers, dont 15 policiers et 5 manifestants. Les autorités signalent également l'incendie de près de cinq véhicules", précise le gouvernement provincial de la ville de Kinshasa.
Le gouvernement provincial rappelle que sa responsabilité consiste à garantir la sécurité publique, la libre circulation des personnes et des biens ainsi que le fonctionnement normal des activités économiques, administratives et éducatives. Il souligne notamment que cette manifestation est intervenue alors que se déroulent les épreuves du TENASOSP à travers la capitale.
"La liberté de manifestation, consacrée par la Constitution et les lois de la République, constitue un droit fondamental qui doit être exercé dans le respect des droits et libertés de tous", indique le communiqué. Les autorités estiment toutefois que ce droit ne peut porter atteinte au fonctionnement régulier des institutions de la République ni à la libre circulation des citoyens.
Le gouvernement provincial affirme par ailleurs disposer d'informations de sécurité faisant état d'un "mode opératoire préoccupant" consistant à recruter des personnes désœuvrées, parfois sous l'emprise de substances prohibées, pour les placer en première ligne lors des manifestations. Selon le communiqué, ces individus sont munis d'armes blanches dans le but de provoquer les forces de l'ordre et de franchir les périmètres de sécurité établis.
Les autorités provinciales condamnent fermement ces pratiques, qu'elles considèrent incompatibles avec l'exercice légitime des libertés démocratiques. Elles annoncent également se réserver le droit de saisir les juridictions compétentes afin que les responsabilités soient établies. Le gouvernement provincial réaffirme son attachement aux libertés publiques, à l'État de droit et au dialogue démocratique. Il rappelle néanmoins que ces libertés doivent s'exercer dans le respect de l'ordre public, des institutions de la République et des droits fondamentaux de l'ensemble des citoyens.
Dans le même communiqué, l'exécutif provincial a salué " la bravoure et le professionnalisme " des services de sécurité déployés lors de cette manifestation, estimant que leur intervention témoigne de la volonté des institutions provinciales de promouvoir le respect des droits humains dans l'exercice de leurs missions régaliennes.
L'opposition politique réunie au sein de la Coalition 64 (C64) avait annoncé un sit-in devant le Palais du Peuple, siège du Parlement congolais, afin de protester contre la proposition de loi relative au référendum. Cette plateforme estime que cette initiative ouvrirait la voie à un changement de la Constitution et constituerait une manœuvre du pouvoir visant à permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà des limites prévues par la Constitution.
Pour les leaders de la coalition, cette démarche s'apparente à un "coup d'État constitutionnel " de la part d'un dirigeant qui avait prêté serment de défendre la Constitution. Ils soutiennent que cette initiative intervient alors qu'il reste environ deux ans avant la fin du second et dernier mandat constitutionnel du chef de l'État, dont l'échéance est prévue en 2028, avec une passation de pouvoir attendue en janvier 2029.
Toutefois, le choix du Palais du Peuple comme lieu de rassemblement a été rejeté par les autorités provinciales. Le gouverneur de Kinshasa a proposé aux organisateurs de tenir leur manifestation au terrain Assossa. Une option refusée par la Coalition 64, qui considère le Palais du Peuple comme un lieu hautement symbolique au regard de l'objet de sa revendication, à savoir le retrait de la proposition de loi sur le référendum.
Cette divergence sur le lieu de la manifestation a contribué à tendre davantage le climat. Des altercations ont ensuite éclaté entre des manifestants et les forces de l'ordre. Les incidents ont fait plusieurs blessés. Les responsables de l'opposition affirment également que des pertes en vies humaines ont été enregistrées, un bilan qui est rejeté par les dirigeants de la ville de Kinshasa.
Clément MUAMBA