Proposition de l'ECC sur le dialogue :"Il faut que ceux qui doivent participer comprennent quels sont les impératifs du pays" réagit Patrick Muyaya appellant à la dépersonnalisation du débat

Patrick Muyaya
Patrick Muyaya, Ministre de Communication et porte-parole du Gouvernement

Le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a réagi aux recommandations de l’Église du Christ au Congo (ECC), formulées à l’issue des travaux du Comité exécutif national extraordinaire de l’Église, estimant qu’une initiative de réforme constitutionnelle dans le contexte actuel doit impérativement s’inscrire dans un cadre national inclusif et apaisé, conformément aux articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution.

Réagissant à une question de la presse lors du briefing tenu mardi 9 juin 2026 aux côtés de son collègue des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, Patrick Muyaya a dit noter les critiques ayant suivi la prise de position de l’institution religieuse tout en saluant certains aspects notamment en ce qui concerne les questions de santé publique, en particulier la résurgence de l’épidémie d’Ebola qui sévit dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC

"Il y a eu des réactions hostiles à l’Église du Christ au Congo parce qu’elle a fait une déclaration. D’abord, je salue la pertinence de ce qui a été dit, surtout en ce qui concerne la mobilisation contre la maladie à virus Ebola. Nous sommes très engagés dans les travaux communautaires, et il est bienvenu que l’Église du Christ au Congo s’associe à ce que nous faisons"a déclaré le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya

Concernant la question du dialogue politique et de la réforme constitutionnelle, le porte-parole du gouvernement a rappelé que la position de l’exécutif avait déjà été exprimée par le chef de l’État. Patrick Muyaya a également salué la contribution de l’Église protestante, tout en appelant à replacer le débat dans un cadre plus large.

"Pour le reste, le Président de la République a déjà dit ce qu’il pensait de ce dialogue. Il a déjà exprimé sa disponibilité. Il faut que ceux qui doivent participer à ce dialogue comprennent quels sont les impératifs de la patrie. Il faut saluer ici la contribution prophétique de l’Église protestante qui a partagé ses idées. Je pense que dans la sagesse qui a guidé la rédaction de ces textes, les uns et les autres doivent comprendre l’essentiel", a-t-il ajouté dans son intervention

Selon lui, le débat sur la Constitution reste ouvert dans l’espace public et n’a pas encore été formellement tranché au niveau gouvernemental.

"Pour nous, au gouvernement, nous savons ce qui est essentiel et nous y travaillons. Je pense même que, sur les débats relatifs à la Constitution, nous n’en avons pas encore formellement parlé au Conseil des ministres. C’est un débat qui se poursuit dans l’espace public. Le moment venu, nous aurons l'occasion de nous y étendre davantage dès lors qu'une option sera examinée au niveau du gouvernement", a-t-il précisé dans son intervention

Le ministre a indiqué que l’objectif de la réforme constitutionnelle n’est pas autre que la nécessité de concentrer les discussions sur l’efficacité de l’État, tout en soulignant qu’on ne peut empêcher la population de réfléchir à son avenir. Évoquant des échanges internes avec son collègue des Infrastructures, Patrick Muyaya a estimé que certaines dispositions constitutionnelles méritent d’être revues et doivent faire l’objet de réflexions.

"Mais il faut savoir que les Congolais ont le droit de débattre de leur avenir. Je ne vous fais pas une confidence, mais lorsque je discutais avec mon collègue tout à l’heure, il évoquait notamment l’article 214 sur la voirie. Il expliquait que, même dans son secteur, certaines dispositions de la Constitution mériteraient d’être revues. Je rappelle qu’il existe ici un impératif principal : comment rendre l’État plus efficace. Voilà l’enjeu fondamental qui sous-tend ces réflexions", a fait savoir le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya

Poursuivant son intervention, le porte-parole du gouvernement a appelé à "dépersonnaliser" le débat sur la Constitution, qu’il considère comme une question nationale. Il a noté que même ceux qui, hier, défendaient la révision de la Constitution s’opposent aujourd’hui à toute démarche de réflexion, alors que, selon lui, le Président de la République avait lui-même évoqué la nécessité d’une réflexion sur la Constitution.

"Certains qui soutenaient hier ces initiatives deviennent aujourd’hui opposants et cherchent à personnaliser le débat pourtant, le véritable sujet est de savoir comment rendre l’État plus fort. D’autres aspects pourront naturellement être abordés, mais il faut dépersonnaliser les débats, car il s’agit d’une question qui concerne l’ensemble des Congolais, Il faut laisser aux Congolais la liberté de débattre, comme ils le font actuellement. Le Président de la République avait d’ailleurs rappelé qu’il ne fallait pas faire de politique politicienne lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’avenir du pays et au texte fondamental qui doit permettre à l’État d’être plus efficace à tous les niveaux, c’est dans cet esprit que nous travaillons"a soutenu le porte-parole du gouvernement

Réunie en sa 66e session extraordinaire du Comité Exécutif à Kinshasa, l’Église du Christ au Congo (ECC) s’est exprimée sur le débat relatif à la réforme de la Constitution. Après avoir pris connaissance des différents avis de la classe politique, l’ECC a estimé qu’une initiative de réforme constitutionnelle dans le contexte actuel doit impérativement s’inscrire dans un cadre national inclusif et apaisé, conformément aux articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution.

L’ECC a également appelé les partis politiques à recourir au dialogue démocratique national et inclusif, qu’elle considère comme la voie idoine, en référence aux résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations Unies, aux résolutions de l’Union africaine et de l’Union européenne, ainsi qu’aux accords de Washington et de Doha.

En République démocratique du Congo, le débat autour de la réforme constitutionnelle a donné naissance à deux dynamiques dans l’environnement sociopolitique, à savoir, d’une part, la création de la Coalition Article 64 pour la Défense de l’Ordre Constitutionnel (C64) et, d’autre part, la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4). Chaque camp affirme disposer du soutien de la population, dans l’objectif de concrétiser les objectifs fixés par chacune de ces organisations.

Clément MUAMBA