Les députés nationaux élus des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri ont annoncé, ce samedi 13 juin 2026, la suspension de leur participation aux travaux de l’Assemblée nationale pour protester contre l’absence de débat sur la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. En toile de fond figurent notamment l’état de siège, instauré il y a cinq ans sans produire les résultats escomptés, ainsi que l’agression rwandaise présumée à travers la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est du pays.
S’exprimant au nom de ses collègues après avoir quitté la salle de plénière en signe de protestation, le député national Daniel Furaha Uma, élu de Mahagi dans la province de l’Ituri, a dénoncé ce qu’il qualifie de manque de considération de certains élus face à la gravité de la crise sécuritaire qui frappe l’Est du pays. Pour les élus de ces deux provinces, il est urgent que des résolutions fortes et concrètes soient prises afin de mettre un terme aux massacres des populations civiles qui se poursuivent dans cette partie de la République démocratique du Congo.
"Nous, députés du Nord-Kivu et de la province de l'Ituri, décidons ce jour de suspendre notre participation à la session ordinaire en cours ainsi qu'à la session extraordinaire à venir, jusqu'à ce que le bureau convoque les ministres concernés et que cette question soit débattue. Nous demandons que des résolutions concrètes soient prises pour mettre fin aux massacres de nos populations", a déclaré devant la presse le député national Daniel Furaha Uma, élu de Mahagi dans la province de l’Ituri
Et de poursuivre :
"Aujourd'hui, si ces populations sont exterminées, qui va nous voter ? Auprès de qui allons-nous rentrer pour rendre compte ?C'est inadmissible. C'est ce que venait de faire le vice-président qui conduisait le débat, venait de faire, nous décidons donc de suspendre notre participation à tous les travaux de l'Assemblée nationale à partir de cet instant"
Pour ces élus, tout se passe comme si leurs collègues issus d’autres provinces ne mesuraient pas la gravité de la situation qui prévaut sur le terrain. Selon eux, la situation sécuritaire ne cesse de se détériorer davantage, notamment dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, où les terroristes des ADF continuent de faire la loi en semant la mort et la désolation au sein des populations civiles.
"Nous sortons pour présenter notre indignation par rapport au comportement de certains collègues d'autres provinces qui ne mesurent pas la gravité de ce qui se passe à l'Est, et ce comportement qui est aujourd'hui avalisé par le bureau de l'Assemblée nationale alors que nous devions examiner cette question importante, non seulement de l'agression de la RDC par le Rwanda à travers les supplétifs du M23, mais aussi du massacre perpétré par l'ADF dans le territoire de Beni, Il y a deux jours, la ville de Beni a été attaquée et la population a été massacrée sauvagement"ont-ils dénoncé par le biais de leur collègue Daniel Furaha Uma
Ces élus réclament la convocation des membres du gouvernement impliqués dans la gestion de l’état de siège, notamment les ministres en charge de l’Intérieur et de la Défense. Ils estiment que ces responsables doivent venir s’expliquer devant la représentation nationale sur l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Est du pays et sur les mesures envisagées pour mettre fin aux violences.
Au-delà des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, les députés s’inquiètent également de l’élargissement de l’influence des rebelles des ADF dans la province du Haut-Uele. Selon eux, cette progression fait peser de lourdes menaces sécuritaires et humanitaires sur les populations locales, avec un risque accru de déplacements de civils, de pertes en vies humaines et de déstabilisation de nouvelles zones.
"Au niveau du territoire de Mambasa, de l'Irumu et aujourd'hui plus loin dans la province du Haut-Uele, la situation demeure extrêmement grave, C'est une question que l'Assemblée nationale devait mettre sur la table, en présence des ministres concernés, notamment le vice-Premier ministre de l'Intérieur ainsi que son collègue de la Défense. Comme le bureau a décidé de ne pas ouvrir le débat et de ne pas permettre que cette question soit discutée, nous demandons des résolutions concrètes soient prises pour mettre fin aux massacres de nos populations "ont-ils insisté dans leur déclaration
Proclamé au début du mois de mai 2021, l’état de siège en vigueur dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, totalise désormais cinq années depuis le mois de mai 2026. Cette mesure exceptionnelle continue d’être dénoncée par plusieurs acteurs sociopolitiques de ces deux provinces en raison de l’absence de résultats tangibles sur le terrain.
Les violences armées perpétrées par les groupes armés ne cessent de s’intensifier. Les ADF ainsi que d’autres forces négatives continuent de défier l’autorité de l’État et de semer la désolation parmi les populations civiles, provoquant d’importants déplacements de femmes, d’enfants et de familles entières, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Cette mesure d’exception a également coïncidé avec la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui occupe de vastes portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Jusqu’à présent, les différentes initiatives militaires engagées pour neutraliser cette rébellion n’ont pas abouti, malgré l’optimisme affiché par les autorités gouvernementales.
La communauté internationale estime majoritairement que cette crise sécuritaire ne peut trouver une solution uniquement militaire, mais nécessite également une approche politique et diplomatique. À ce jour, les initiatives diplomatiques conduites notamment par les États-Unis et l’Qatar peinent encore à produire les effets escomptés sur le terrain, marqué par la poursuite des hostilités entre la rébellion soutenue par le Rwanda et les forces gouvernementales congolaises.
Clément MUAMBA