Le Conseil pour la Défense de la Constitution (CDC), une plateforme regroupant plusieurs organisations non gouvernementales de la République démocratique du Congo, se dit vivement préoccupé par ce qu'il qualifie de détérioration de la situation sécuritaire et des libertés fondamentales dans le pays à l'approche des prochaines échéances politiques.
Dans une déclaration rendue publique au lendemain du sit-in organisé par la coalition C64 devant l'Assemblée nationale, le CDC affirme avoir suivi avec inquiétude les événements survenus le vendredi 12 juin à Kinshasa. Cette manifestation avait pour objectif de dénoncer ce que les organisateurs considèrent comme une tentative de modification de l'ordre constitutionnel à travers un projet de référendum susceptible de permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat.
Selon le CDC, « la Coalition C64 a organisé un sit-in devant l'Assemblée nationale pour dénoncer la tentative de coup d'État constitutionnel à travers l'organisation d'un référendum qui donnerait au président Tshisekedi la possibilité de se représenter pour un troisième mandat ».
L'organisation accuse les forces de sécurité d'avoir réprimé cette manifestation avec l'appui de civils présentés comme des membres de la Force du Progrès, mouvement proche de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).
« La Police nationale congolaise, appuyée par des civils identifiés comme des membres de la Force du Progrès, a attaqué des opposants politiques, dont Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sessanga, et blessé plusieurs autres manifestants », affirme le CDC dans son communiqué.
La plateforme indique également que plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux montreraient des scènes particulièrement préoccupantes. « Des vidéos montrent des corps sans vie emportés par ces personnes en civil vers une destination inconnue », soutient-elle, tout en appelant à l'établissement des faits par une enquête indépendante.
Outre les violences alléguées, le CDC évoque des arrestations massives. Selon cette organisation, « plus d'une cinquantaine d'opposants ont été arrêtés et certains seraient amenés vers une destination inconnue ».
Une dénonciation du « deux poids, deux mesures »
Le Conseil pour la Défense de la Constitution estime que les autorités appliquent un traitement différencié aux manifestations selon leur orientation politique. La plateforme rappelle que des militants favorables à une révision constitutionnelle avaient récemment organisé des rassemblements sans être inquiétés.
« Il y a quelques semaines, les partisans du pouvoir ont été autorisés à tenir des manifestations pacifiques au siège de l'Assemblée nationale pour déposer leur pétition appelant au changement de la Constitution sans que la police ne les attaque ou ne les disperse », souligne le document.
Pour le CDC, cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de politisation des institutions publiques. L'organisation affirme qu'« à l'approche de la fin du second et dernier mandat du président Tshisekedi, ses partisans ainsi que les autorités gouvernementales instrumentalisent et politisent les institutions publiques, y compris les universités officielles ».
Le CDC exige une enquête confiée à la MONUSCO
Face à la gravité des faits qu'il dénonce, le Conseil pour la Défense de la Constitution réclame l'ouverture d'une enquête indépendante sous supervision internationale.
« Tout en félicitant le courage, l'engagement et la détermination patriotique des partis et regroupements politiques membres du C64, le CDC condamne les attaques dont ils ont été victimes et exige une enquête indépendante confiée à la MONUSCO afin de déterminer les responsabilités des auteurs de ces actes », peut-on lire dans la déclaration.
L'organisation appelle également la communauté internationale à réagir.
« Le CDC invite l'Union africaine, l'Union européenne, les gouvernements des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni ainsi que toutes les nations amies du peuple congolais à condamner sans réserve ces tueries et attaques contre les opposants politiques en RDC », indique le communiqué.
La plateforme va plus loin en réclamant « des sanctions internationales contre les partisans d'un coup d'État constitutionnel en République démocratique du Congo ».
Appel à la mobilisation citoyenne
Le Conseil pour la Défense de la Constitution invite les Congolais à rester mobilisés pour la défense de l'ordre constitutionnel et des acquis démocratiques.
L'organisation appelle « la population congolaise à se mobiliser comme un seul homme pour faire échec à toute tentative de remise en cause de la Constitution et préserver l'alternance démocratique ».
Cette sortie du CDC intervient dans un climat politique marqué par de vifs débats autour de l'éventualité d'un référendum constitutionnel, une question qui continue de polariser la classe politique congolaise et de susciter de fortes tensions entre pouvoir et opposition.
Le Conseil pour la Défense de la Constitution regroupe plusieurs organisations de la société civile engagées dans la promotion de la démocratie, de l'État de droit et du respect de la Constitution, notamment l'Association Africaine de Défense des Droits de l'Homme (ASADHO), la Voix des Sans Voix pour les Droits de l'Homme (VSV), Justicia ASBL, le Groupe Lotus, l'Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), ainsi que d'autres structures citoyennes. Ces organisations affirment poursuivre leur mobilisation afin de veiller au respect de l'ordre constitutionnel et des libertés fondamentales en République démocratique du Congo.
José Mukendi