Insécurité et recrudescence des ADF dans l’Est de la RDC : insatisfait des réponses du VPM de la Défense, le député Gratien Iracan initie une interpellation

Photo d'illustration
Gratien Iracan, député national

Près de cinq ans après que l’état de siège a été décrété dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, de mai 2021 à mai 2026, les députés nationaux demandent des comptes au sujet de cette décision présidentielle et s’inquiètent des prolongations répétées, qui ont lieu tous les quinze jours, alors que la situation sur le terrain ne cesse de se détériorer en raison des attaques des ADF. Ces attaques font des morts et des destructions parmi les populations civiles, et elles s’étendent dans des régions du pays qui n’étaient pas concernées avant même la proclamation de cette mesure d’exception.

Telle était la position exprimée par plusieurs élus du Nord-Kivu, et de l’Ituri lors de la dernière plénière consacrée à la prorogation de l’état de siège, projet de loi présenté et défendu par le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Guillaume Ngefa. 

48 heures après la plénière, Gratien Iracan, élu de Bunia, en Ituri, très critique envers l’état de siège, revient à la charge et annonce avoir déclenché une interpellation contre Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants.

Il justifie sa démarche par le fait que les réponses du patron de la Défense nationale et des Anciens combattants à sa question écrite ne l’ont pas satisfait. Pour ce député de l’Ituri, toute la vérité doit être connue.

" Non satisfait des réponses du VPM, ministre de la Défense à ma question écrite sur les massacres en Ituri et au Nord_Kivu, j'ai décidé, conformément au règlement intérieur d'aller vers une interpellation. La procédure sera soumise à l'appréciation de la plénière à huis clos. Une fois approuvée, elle pourra déboucher sur un vote de défiance ou une enquête parlementaire. La vérité doit être connue ", a-t-il écrit ce mercredi 13 mai sur son compte X. 

Dans son intervention à la plénière, Gratien Iracan avait dressé un tableau sombre de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, en dépit de l’état de siège. Selon lui, 879 personnes ont été tuées depuis janvier 2026 à ce jour, dont 179 civils entre le 18 avril et le 11 mai, avec un pic de 70 personnes massacrées pour la seule journée du 28 avril.

L’élu de Bunia a dénoncé ce qu’il qualifie de " chaos humanitaire" vécu par les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri, marqué notamment par l’insécurité persistante, l’infiltration des ADF jusque dans les centres urbains en raison du manque de renseignements efficaces, les menaces proférées contre certains députés par des hommes armés sans aucune sanction du gouvernement, ainsi que l’absence d’enquêtes sérieuses sur les massacres de civils. Il a rappelé que l’Assemblée plénière avait déjà adopté une résolution en faveur de la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Mais, au-delà du Parlement, le gouvernement doit également agir.

Dans le même registre, Gratien Iracan avait officiellement demandé l’organisation d’auditions des victimes dans les différents camps de déplacés, ainsi qu’avec les leaders locaux, afin d’établir les responsabilités et d’identifier les auteurs des massacres et des différentes formes de crimes visant les civils, notamment les femmes et les enfants. Pour l’élu de Bunia, le silence face à cette tragédie devient de plus en plus insupportable.

Cette démarche intervient après une série de massacres de populations civiles, attribués aux rebelles terroristes des ADF, qui continuent également de semer la désolation parmi les populations civiles, en dépit des opérations militaires conjointes menées par les Forces armées de la République démocratique du Congo et les forces ougandaises. Cette situation rend davantage vulnérable la situation humanitaire dans cette partie de la RDC et entraîne des déplacements massifs de populations.

La question entourant l’opération Shujaa, qui consiste en une offensive militaire en cours menée par les forces armées congolaises et ougandaises contre les insurgés dans les provinces du Kivu et de l’Ituri,  principalement des groupes affiliés à l’État islamique et aux Forces démocratiques alliées,  avait fait l’objet d’une discussion prioritaire entre Félix Tshisekedi et son homologue ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, lors de leur entretien  lundi 11 mai 2026 à Kampala, en Ouganda.

Lancée en novembre 2021, cette opération militaire conjointe continue, près de cinq ans après son démarrage, de susciter des réactions et des interrogations quant à son efficacité, dans un contexte où les Forces démocratiques alliées poursuivent leurs attaques meurtrières, provoquant d’importantes pertes humaines et étendant progressivement leurs zones d’influence dans cette partie du pays. Dans le même temps, ces groupes armés sont également accusés de recourir aux viols de femmes, d’utiliser des mineurs dans leurs activités et d’ériger des barrières illégales afin de percevoir des taxes dans les zones sous leur contrôle.

Clément MUAMBA