Abordant la question relative à la réforme constitutionnelle, qu’il s’agisse d’une révision ou d’un changement, lors de la conférence de presse tenue mercredi 6 mai 2026 au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, le Chef de l’État Félix Tshisekedi a estimé que les positions exprimées par les membres de sa famille politique sont légitimes dans le cadre d’un débat démocratique, tout en indiquant qu’il ne faut pas toujours en tenir compte de manière systématique.
Toutefois, le Président Félix Tshisekedi a déclaré ne voir aucun inconvénient à ce que la classe politique se penche sur l’analyse de la Constitution, afin de déterminer si celle-ci s’inscrit réellement dans la vision de développement de la République démocratique du Congo.
"C’est tout à fait normal. Vous voyez, en campagne électorale, tout le monde est beau, tout le monde est gentil. C’est un peu ce qui se passe aussi. Mes partisans, c’est tout à fait normal qu’ils vantent et qu’ils amènent leurs arguments avec des slogans. Ne prenons pas cela en compte. C’est vraiment de l’ordre de la distraction du débat. Mais revenons sur ce que vous avez dit. Moi, je crois qu’il y a à la fois une question qu’il faut se poser et une autre chose qu’il ne faut pas faire. La question qu’il faut se poser, c’est celle de savoir : avons-nous le droit, oui ou non, de nous pencher sur notre Constitution et de l’examiner pour voir si elle entre bel et bien en ligne de compte de nos visions ?", s'est-il interrogé lors de cet échange avec la presse.
Au cours de la même intervention, Félix Tshisekedi est revenu sur sa vision de l’exercice du pouvoir, en distinguant deux profils de dirigeants dans le monde. Sans se positionner explicitement, il a insisté sur la responsabilité historique qui incombe à un dirigeant, selon lui tournée vers la préparation de l’avenir plutôt que vers la seule perspective des élections.
Dans le même registre, le Président Félix Tshisekedi a assuré qu’il se mettrait au service de son successeur, affirmant qu’il saura s’effacer et rester disponible pour la République après la fin de son mandat.
"Vous savez, en politique, il y a deux catégories : les hommes politiques et les hommes d’État. Connaissez-vous la différence entre les deux ? L’homme politique pense aux prochaines élections. L’homme d’État pense aux prochaines générations. Je ne dis pas, Je vous laisse définir dans quelle catégorie je suis. Mais ce que je veux vous dire simplement, c’est que la responsabilité que les Congolais m’ont confiée n’est pas de m’arrêter à ce que je vais faire pendant le mandat. C’est aussi de regarder les générations à venir", a fait savoir Félix Tshisekedi, Président de la RDC.
Et de poursuivre :
"Qu’est-ce que je vais préparer pour eux ? Sans forcément être là, mais qu’est-ce que je vais préparer pour mon successeur ? Qu’est-ce que je vais faire pour que celui ou celle qui va me succéder aie aussi la facilité, Parce que moi, je vous dis : je me mettrai à la disposition de mon successeur. Je n’irai pas prendre les armes contre lui. Je serai à la disposition de la République. Je vais m’effacer pour lui, lui faire tout l’honneur qui lui revient, mais je serai là, dans l’ombre, prêt à servir dès qu’il ou elle aura besoin de moi".
La méga plateforme politique du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, l’Union sacrée de la Nation (USN), semble désormais assumer sa volonté et sa logique d’aller vers une réforme constitutionnelle, en dépit de l’opposition d’une bonne frange de la classe socio-politique congolaise, qui y voit une manœuvre visant à obtenir un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, dont le second et dernier mandat se termine en décembre 2028, selon la Constitution.
L’Union sacrée a officiellement ouvert la porte aux propositions de réforme, invitant les acteurs politiques, la société civile et les citoyens à apporter leurs contributions d’ici le 20 mai 2026. Selon le communiqué signé ce lundi 20 avril par son Secrétaire permanent, André Mbata, l’objectif de cette démarche est de recueillir des avis, analyser et soumettre au Chef de l’État des pistes d’évolution de la Constitution du 18 février 2006.
Pour André Mbata, député national, élu de Dimbelenge (Kasaï Central), cette démarche tient compte de nombreuses manifestations de soutien à l’initiative de réforme constitutionnelle organisées par des compatriotes à Kinshasa, dans les provinces et dans la diaspora, aussi bien en Afrique, en Amérique, en Asie, en Europe qu’en Océanie, ainsi que des mémorandums adressés à la Haute Autorité politique de l’Union sacrée de la Nation (USN) et de plusieurs initiatives appelant à la réforme de la Constitution du 18 février 2006, qui régit actuellement la RDC.
L’ancien chef de l’État Joseph Kabila a déjà été accusé de soutien à la rébellion de l’AFC/M23, des faits qui lui auraient valu une condamnation à la peine de mort par la Haute Cour militaire de la RDC, en son absence à Kinshasa. Cette situation complique davantage son retour dans la capitale, malgré ses appels, avec son mouvement, à la tenue d’un dialogue national.
Sa famille politique rejette toutefois ces accusations, estimant qu’il s’agit d’un complot du régime en place visant à écarter un adversaire de la scène politique. Ces accusations ont également été évoquées dans le cadre de certaines mesures de sanctions prises par l’administration américaine, sans que celles-ci ne constituent une confirmation judiciaire des faits reprochés.
Clément MUAMBA