Affaire Migrant en provenance des États-Unis : à son tour, Félix Tshisekedi rassure sur la conformité de la procédure et évoque un service rendu au partenaire américain

Tshisekedi et Trump
Tshisekedi et Trump

Silencieux depuis le début de ce feuilleton, le Président Félix Tshisekedi s’est exprimé pour la première fois sur l’accueil en République démocratique du Congo de migrants en provenance des États-Unis, déboutés du droit d’asile américain. Au cours d’une conférence de presse tenue mercredi 6 mai 2026 au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, en marge de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Félix Tshisekedi a fait savoir que cette initiative résulte d’un accord conclu entre Kinshasa et Washington dans un esprit de coopération entre partenaires.

En présence des membres du gouvernement, des membres de son cabinet ainsi que d’autres personnalités venues pour la circonstance, le président congolais a insisté sur le caractère "amical" de cette démarche, affirmant que la RDC a simplement accepté de rendre service aux autorités américaines.

"D’abord, c’est suite à un accord que nous avons passé avec le partenaire américain. J’insiste sur le terme partenaire, parce qu’entre partenaires, entre amis, on se rend des services. C’est un simple service que les Américains nous ont demandé, en nous priant d’héberger des individus qui avaient demandé l’asile aux États-Unis et qui ont été déboutés de ce droit d’asile. Nous l’avons accepté amicalement, tout simplement, parce que c’était ce que les Américains voulaient", a-t-il expliqué en répondant à une question de la presse.

Le président de la République a toutefois indiqué que la RDC avait posé certaines conditions avant d’accepter cet arrangement. Il a également souligné que les personnes concernées ne devaient pas être transférées comme des détenus.

"La première condition que nous avons posée, c’est que ce ne soient pas des “bad boys”, donc des individus dangereux ou de mauvais citoyens. La seconde condition, c’était qu’ils ne viennent pas ici comme des détenus. Parce que certains d’entre eux avaient été placés dans des centres de rétention aux États-Unis, non pas pour des faits criminels, mais simplement parce qu’ils n’étaient pas en situation de séjour légal", a ajouté le chef de l’État Félix Tshisekedi.

Des migrants libres de quitter la RDC

Félix Tshisekedi a assuré que les migrants accueillis en RDC disposent d’une liberté totale de mouvement et ne sont soumis à aucune détention. Le président a également précisé que la RDC ne financera pas leur éventuel retour vers leur pays d’origine.

"Nous avons donc commencé un processus qui fera que ces individus seront libres à tout moment de quitter la République démocratique du Congo, lorsqu’ils décideront de partir, aucun fonds ne sortira du Trésor congolais pour financer leur retour vers leur pays d’origine. Nous n’avons fait que leur offrir un abri, s’ils le souhaitent parce que si demain, ils décident de partir, personne ni rien ne pourra les en empêcher", a-t-il fait savoir lors de son intervention.

Un séjour légal sans statut particulier

Concernant leur situation administrative, Félix Tshisekedi a expliqué qu’aucun statut spécial n’avait été accordé à ces migrants. Le président congolais a également évoqué l’état psychologique des personnes concernées, appelant à faire preuve de compréhension à leur égard.

"Il n’y a pas de statut particulier. Ils sont en séjour légal parce qu’ils disposent d’un visa en bonne et due forme, qui pourra être renouvelé au besoin.  Au départ, ils rêvaient d’arriver et de vivre le rêve américain, et aujourd’hui ils vivent le rêve congolais", a-t-il déclaré, estimant qu’il était normal qu’ils soient déstabilisés par cette nouvelle réalité.

Aucun arrangement financier  derrière l’opération 

Le Président Félix Tshisekedi a rejeté les spéculations faisant état d’éventuelles contreparties financières entre les États-Unis et la RDC. À l'en croire, cette initiative est un acte de solidarité entre partenaires internationaux.

"Nous les accueillons avec beaucoup de délicatesse. Nous leur souhaitons sincèrement la bienvenue et nous nous mettons à leur service pour rendre leur séjour agréable. Il n’y a donc pas lieu de spéculer davantage sur cette question. J’ai même entendu parler d’éventuels arrangements financiers. Croyez-moi, si les États-Unis décidaient demain d’arrêter cette opération, nous n’irions pas en justice pour réclamer quoi que ce soit. Ce sont des gentillessesqui se font entre partenaires. Demain, qui sait, nous aurons peut-être besoin des États-Unis pour un service du même genre ou d’un autre type, et ils nous le rendront en retour de ce que nous venons de faire. Il n’y a donc rien de particulier derrière cette opération. Cessez de vous imaginer des choses qui n’existent pas", a soutenu Félix Tshisekedi, president de la RDC.

La République démocratique du Congo vient de franchir une première étape dans la mise en œuvre de son dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers en provenance des États-Unis. L’annonce a été faite par le gouvernement dans un communiqué publié ce vendredi 17 avril 2026, précisant que 15 personnes sont arrivées dans la capitale congolaise, marquant ainsi le début de la phase opérationnelle de ce mécanisme.

Au regard du caractère sensible de la question, celle-ci s’est invitée à l’Assemblée nationale à travers deux initiatives parlementaires, à savoir une question d’actualité et une question orale avec débat. Depuis leur dépôt, ces initiatives n’ont pas encore été inscrites à l’ordre du jour de la plénière. Si les raisons de ce retard ne sont pas encore officiellement connues, il est probable qu’il soit lié à l’agenda des dirigeants concernés pour l’examen de ce sujet en plénière.

Clément MUAMBA