RDC : Delly Sesanga accuse Félix Tshisekedi de préparer une dérive vers un troisième mandat par « plébiscite »

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Delly Sessanga, député national et Président du parti Envol

À la suite de la conférence de presse du président Félix Tshisekedi tenue ce mercredi 6 mai à la cité de l’union africaine, à Kinshasa, l’opposant Delly Sesanga a vivement réagi, dénonçant ce qu’il considère comme une tentative d’ouverture politique en faveur d’un troisième mandat présidentiel.

Dans une déclaration au ton ferme, le président du parti Envol estime que le chef de l’État aurait, selon lui, « manœuvré à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». Cette formule traduit la gravité des accusations portées contre le pouvoir en place.

L’opposant met en garde contre une « dérive institutionnelle ». Selon lui, la République serait exposée à un risque de crise politique si la question de la limitation des mandats venait à être remise en cause.

« La RDC ne peut entrer dans un nouveau cycle de tensions institutionnelles et de personnalisation du pouvoir. Tous les démocrates doivent faire obstacle à cette dérive », affirme-t-il.

Il appelle ainsi les forces politiques et sociales à se mobiliser pour empêcher toute évolution qu’il juge contraire à l’esprit de la Constitution.

Delly Sesanga s’appuie également sur l’héritage politique de Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre de la RDC, pour rappeler les exigences qu’impose, selon lui, la gestion de l’État congolais.

« Le Congo est un grand pays », disait Lumumba. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité », souligne-t-il.

Selon lui, cette exigence passe par le respect strict de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, et non par « la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats ».

Delly Sesanga met en garde contre ce qu’il qualifie de dérive vers une gouvernance centrée sur la personne du chef de l’État. Il estime qu’un véritable homme d’État doit faire preuve de sens historique et éviter de replonger le pays dans des pratiques politiques passées.

« Être un homme d’État, c’est avoir le sens de l’Histoire et éviter à son pays de replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos », insiste-t-il.

Une référence aux luttes de l’UDPS

Dans son intervention, l’opposant rappelle également les combats historiques de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti aujourd’hui au pouvoir, contre ce qu’il qualifie de dérives autoritaires.

Il estime que ces combats, menés par les fondateurs du parti, ont été réalisés « au prix de lourds sacrifices pour le peuple congolais », et ne doivent pas être remis en cause.

« C’est un reniement du combat de son père qui a combattu Mobutu qui s’est éternisé au pouvoir et a exercé un pouvoir personnel. Félix Tshisekedi a de nouveau tué les martyrs qui ont donné de leur vie pour protéger la constitution », a-t-il déclaré.

Cette réaction intervient au lendemain de la conférence de presse de Félix Tshisekedi, au cours de laquelle le président congolais a évoqué la possibilité d’un nouveau mandat, affirmant qu’il serait prêt à revenir « si les Congolais le demandaient ».

Félix Tshisekedi a quant lui justifié ce sujet autour de la révision constitutionnelle comme un « projet de longue date porté par l'UDPS, une continuité assumée, et non pas une improvisation ou une provocation ».

Cette déclaration a immédiatement suscité de nombreuses réactions dans la classe politique et relancé le débat sur la question sensible de la révision constitutionnelle et de la limitation des mandats en RDC.

James Mutuba