RDC : pour Claudel Lubaya, « aucune disposition de la Constitution ne permet de violer sa lettre au nom d’une prétendue volonté populaire »

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Le Député national Claudel Lubaya

Félix-Antoine Tshisekedi a donné, mercredi 6 mai, une conférence de presse à la cité de l’union africaine, à Kinshasa. Diplomatie, sécurité, politique, économie, sociale, sport, culture ; plusieurs sujets ont été abordés durant près de trois heures d’échanges avec les journalistes, en présence notamment de la quasi-totalité des membres du gouvernement. 

Interrogé sur le débat autour de la réforme constitutionnelle et l’hypothèse d’un troisième mandat, le chef de l’État a déclaré qu’il serait disposé à briguer un nouveau mandat si les Congolais le lui demandaient.  

« Si les Congolais me demandent de revenir au front, je suis à leur disposition tant que Dieu me donnera de l’énergie nécessaire », a-t-il dit. 

Et de poursuivre :

« Si changement ou révision doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, le peuple congolais. C’est à dire, par référendum ».

Comme sa famille politique, Félix Tshisekedi ne se voile désormais plus la face. Selon lui, le sujet autour de la révision de la constitution, est un « projet de longue date porté par l'UDPS, une continuité assumée, et non pas une improvisation ou une provocation ».

« Ni mission, ni 3e mandant »

Ces déclarations de Félix Tshisekedi n’a pas tardé à susciter des vives réactions du côté de l’opposition. L’ancien député Claudel-André Lubaya, aujourd'hui proche de l'ex-président Joseph Kabila, s’oppose fermement à l’idée selon laquelle une supposée "volonté populaire" pourrait justifier une modification des verrous constitutionnels établis par la loi fondamentale congolaise, notamment dans son article 220. 

« Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit », affirme-t-il.

Dans sa réaction, Claudel Lubaya insiste sur le fait que la Constitution prévoit déjà des mécanismes précis de révision, encadrés par l’article 218, mais qu’elle ne permet en aucun cas de contourner ses limites fondamentales.

« Notre loi fondamentale organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression », soutient-il.

L’opposant estime que toute tentative de s’appuyer sur une prétendue souveraineté populaire pour modifier les dispositions protégées relèverait d’une démarche « frauduleuse ».

Il invoque également l’article 64 de la Constitution, qui fait obligation à chaque citoyen de défendre l’ordre constitutionnel face à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la Constitution.

Dans son argumentaire, Claudel Lubaya met en garde contre une « haute trahison ». Selon lui, toute violation intentionnelle des dispositions constitutionnelles par des autorités publiques pourrait engager leur responsabilité au regard des articles 164 et 165.

Cette réaction traduit sans doute la montée des tensions politiques autour de la question constitutionnelle, sujet historiquement sensible en RDC. À plusieurs reprises, des projets perçus comme susceptibles de prolonger le maintien au pouvoir avaient provoqué manifestations, violences et crises politiques.

James Mutuba