Affaire escarmouches : "Je présente mes excuses au peuple congolais, non pas parce que je me serais dégonflé mais parce que j’avais reçu de fausses informations concernant notre armée" (Félix Tshisekedi) 

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Felix Tshisekedi devant la presse à Kinshasa

Interrogé sur les raisons qui ont poussé le gouvernement de la République à privilégier l’option diplomatique plutôt que militaire face à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, qui contrôle de vastes pans des territoires des provinces du Nord et du Sud-Kivu dans l’est de la RDC, le chef de l’État Félix Tshisekedi a mis en avant, avant tout, son statut d’acteur politique civil arrivé au pouvoir. Selon lui, il était tout à fait normal que le premier réflexe soit la diplomatie plutôt que la guerre.

Au cours d’une conférence de presse tenue mercredi 6 mai 2026, Félix Tshisekedi est également revenu sur l’une de ses déclarations faites lors de la campagne électorale, qui avait suscité de nombreuses réactions et qui, jusqu’à ce jour, n’a pas été mise en œuvre. Il a profité de cette occasion pour demander pardon au peuple congolais, affirmant qu’il n’avait pas reçu de bonnes informations au sujet de l’armée congolaise, tout en précisant que cela ne signifiait nullement une position de faiblesse.

"Vous vous rappelez qu’en 2023, pendant la campagne électorale, j’avais parlé d’escarmouches. Aujourd’hui, je voudrais profiter de cette occasion pour présenter mes excuses au peuple congolais. Non pas parce que je me serais dégonflé, comme certains le disent, mais simplement parce que j’avais reçu de fausses informations concernant notre armée", a fait savoir le Président Félix Tshisekedi lors de son intervention.

Pour le successeur de Joseph Kabila, si aujourd’hui les gens observent toutes ces sanctions et ces interpellations, cela constitue l’une des conséquences de cette situation. Selon lui, une réalité lui avait été dissimulée au sein des forces armées. Il a indiqué qu’on ne va pas à la guerre avec une armée totalement désorientée, décomposée et désorganisée.

"J’ai dit il y a quelques mois que lorsque j’ai trouvé notre armée, nos militaires étaient pratiquement à l’état de clochards. Une certaine opinion s’en était offusquée, mais ce n’était pas faux. Lorsque vous avez des militaires envoyés au front mais incapables d’y aller sans leurs familles, femmes et enfants parfois mineurs  parce qu’en quittant leurs camps ils risquent de perdre les logements où ils vivent, comment appelez-vous cela ? Lorsque vous avez une armée où les militaires n’ont même pas de tenue, pas d’armes ou pas de munitions pour aller au front, comment voulez-vous faire la guerre dans ces conditions ?", s’est interrogé Félix Tshisekedi.

Actuellement, Félix Tshisekedi estime que des efforts ont été déployés pour tenter de renverser la tendance, notamment en dotant davantage de moyens à l’armée, qu’il considère comme affaiblie par les brassages, les mixages et l’infiltration d’ennemis de la République.

"Je peux dire aujourd’hui que nous avons accompli de véritables exploits. Pendant cette guerre, nous avons réussi à mobiliser les ressources nécessaires pour renforcer cette armée. Aujourd’hui, oui, l’armée est montée en puissance. Il reste encore beaucoup à faire, certes, mais nous avons commencé à remporter des batailles. Nous n’avons plus une armée de capitulards", a martelé Félix Tshisekedi, Président de la RDC.

Par ailleurs, Félix Tshisekedi estime qu’il faut plutôt construire des ponts que des murs. Selon lui, il s’agit de sa vision pour l’Afrique. Il a confirmé la volonté de poursuivre le renforcement des FARDC afin de faire face à toutes les éventualités liées à la protection du pays et de son intégrité territoriale.

"Je n’étais pas préparé à la guerre. J’ai été surpris. Mais grâce à Dieu, j’ai pu mobiliser les ressources nécessaires pour renforcer les capacités de notre armée. Et ce n’est pas encore terminé. Beaucoup de recrues sont actuellement en formation. De nombreuses commandes ont été passées. Nous continuons à renforcer notre armée. D’autres réformes arriveront encore. Parce que nous avons compris une chose : la République démocratique du Congo, avec ses neuf voisins et les opportunités qu’elle offre, restera toujours un pays exposé aux convoitises", a soutenu Félix Tshisekedi.

L’option militaire a toujours été déconseillée par la communauté internationale pour la résolution de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Après le fiasco des processus de Luanda et de Nairobi, d’autres initiatives diplomatiques ont émergé, notamment les processus de Washington et de Doha, chargés de traiter respectivement la crise entre Kigali et Kinshasa, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Malgré certaines avancées sur le papier, ces initiatives peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain.

Clément MUAMBA