Tshisekedi sur Kabila : « les générations à venir retiendront que c’est lui l’acteur clé dans l’alternance pacifique et démocratique, et le fossoyeur de cette belle œuvre »

Joseph Kabila et Félix Tshisekedi lors de la passation de pouvoir.
Joseph Kabila et Félix Tshisekedi lors de la passation de pouvoir.

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, a regretté le chemin de la rébellion qu’a emprunté son prédécesseur Joseph Kabila, lequel lui a coûté la peine de mort prononcée par la justice congolaise, ainsi que la salve des sanctions du Trésor américain, début mai. 

En conférence de presse mercredi à Kinshasa, le chef de l’État a tout de même vanté le rôle clé de Joseph Kabila dans la première alternance pacifique et démocratique de janvier 2019, mais a, à la fois, exprimé sa déception qu’il en soit aujourd’hui lui-même le véritable fossoyeur. 

« Nous avons, lui et moi, réussi la première alternance au pays en 2019, et c’était historique. Malheureusement, aujourd’hui  les générations à venir retiendront que c’est lui qui a été l’acteur clé dans cette alternance pacifique et démocratique,  mais a aussi été lui-même le fossoyeur de cette belle œuvre », regrette le Président de la République. 

Effleurant l’actualité, dominée par des sanctions américaines dont l’ancien chef de l’État a écopé, Félix Tshisekedi s’est dit heureux que, dorénavant, les voix qui jadis doutaient de ce qu’il révélait sur son prédécesseur les rejoignent. 

« Vous oubliez que le président de la République est, si pas le mieux informé, en tout cas très bien informé. Ces faits, nous les relevions déjà depuis fin 2023. Au moment où le FCC avait refusé de participer aux élections, nous avions déjà à cet instant-là que leur but était d’empêcher la tenue des élections et de contraindre le gouvernement à un dialogue », poursuit-il. 

Dans un autre angle, Félix Tshisekedi a révélé que son prédécesseur, pourtant invité à son investiture du second mandat, était sorti du pays de manière clandestine, brisant ainsi leur rituel de  signaler le déplacement de l’un à l’autre et vice-versa. 

« Mais il a choisi de prendre un autre chemin, et cela ne pouvait pas rester sans conséquences. Mais aujourd’hui, curieusement, puisque l’Amérique a pris des sanctions, voilà ça y est, tout le monde a l’impression de se réveiller d’un profond sommeil. Vous dites que le Président avait raison. Je ne suis pas un menteur, je ne peux jeter gratuitement de l’opprobre sur quelqu’un,  qui a fait du bien à la République en s’effaçant et laissant l’alternance se passer », avoue le chef de l’État.

Joseph Kabila, dont le Trésor américain a révélé l’entreprise de l’instabilité du pays, est reproché par  le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) d’avoir apporté un soutien financier à l’AFC et d’avoir encouragé des défections au sein des forces armées congolaises au profit de cette coalition active dans l’est du pays. Washington l’accuse également d’avoir tenté, sans succès, de lancer des attaques contre l’armée congolaise depuis l’étranger.

Selon le communiqué, Joseph Kabila, président de la RDC de 2001 à 2019, est retourné dans le pays avec l’intention d’influencer la situation politique en soutenant l’AFC et le M23. Il est également accusé d’avoir cherché à promouvoir un candidat opposé au pouvoir en place.

Les sanctions, prises en vertu d’un décret présidentiel américain, entraînent le gel de tous les avoirs éventuels de l’ancien président aux États-Unis et interdisent toute transaction avec des personnes ou entités américaines.

Cette décision s’inscrit, selon Washington, dans le cadre des efforts visant à soutenir les accords de paix signés en décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda et à favoriser la stabilité dans la région.

Samyr LUKOMBO