RDC : crise humanitaire persistante à Bafwasende, plus de 68 000 nouveaux déplacés s’ajoutent aux 4 380 victimes des exactions des ADF récemment recensées 

Site de déplacés à Sake (PH/CICR).
Site de déplacés à Sake, territoire Masisi, Nord-Kivu. Des femmes déplacées en train d'attendre les équipes du CICR et de la Croix-Rouge qui sont en train de procéder à l'identification des ménages déplacés sur le site derrière le bureau du groupement Kamuronza. Elles font partie de plus 6.600 familles déplacées ayant fui des affrontements armés dans les localités de Kingi, Burungu, Malehe, Katembe, Murambi.

En République démocratique du Congo, la situation humanitaire demeure préoccupante et précaire en raison de divers facteurs, notamment la guerre dans l’Est de la RDC, opposant les forces gouvernementales à la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que d’autres catastrophes naturelles qui affectent les populations et continuent de causer des dégâts et de semer la désolation au sein des civils.

Dans sa note d’information présentée lors de la 87e réunion du Conseil des ministres, Ève Bazaiba Masudi, ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, a fait le point sur la situation humanitaire en RDC au cours de la semaine du 12 au 18 avril 2026, précisant que plusieurs alertes ont été enregistrées, notamment les mouvements de populations, les inondations, les vents violents et les naufrages, tout en évoquant les mesures arrêtées par le gouvernement dans le cadre du dispositif d’intervention.

Au sujet des mouvements de populations, Ève Bazaiba, citée dans le compte rendu de la réunion, a évoqué les déplacements d’environ 350 ménages à Nyemba et 1 800 à Muyombo, dans la province du Tanganyika, à la suite de conflits intercommunautaires entre les communautés Twa et Bantou, qui ont affecté deux axes majeurs. Elle a également mentionné l’enregistrement de 68 287 personnes déplacées internes à Bafwasende, dans la province de la Tshopo, fuyant les atrocités des milices CODECO. Certaines d’entre elles se dirigent vers la ville de Kisangani, s’ajoutant aux 4 380 personnes déplacées enregistrées une semaine plus tôt, qui fuyaient les actes de violence extrême perpétrés par les terroristes ADF.

Au cours de son exposé, Ève Bazaiba est revenue sur le déplacement d’environ 12 700 personnes à Pweto et de 460 personnes à Mitwaba, dans la province du Haut-Katanga, à la suite des violences perpétrées par les milices Bakata Katanga. Par ailleurs, 205 ménages ont été enregistrés à Lubumbashi, fuyant les exactions des forces négatives des agresseurs rwandais et de leurs supplétifs de l’AFC/M23 opérant dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

En ce qui concerne les inondations, a-t-elle poursuivi, il a été fait état de la destruction de nombreux champs de cultures vivrières ainsi que de plusieurs habitations endommagées dans le territoire d’Isangi. S’agissant des vents violents, ceux-ci ont affecté les localités de Nkoso 1 et Nkoso 2, dans la province de l’Équateur, laissant 522 familles sans abri ; quatre écoles primaires, une école secondaire, trois églises et un centre de santé ont été détruits.

Quant aux naufrages, Ève Bazaiba Masudi a relevé que plusieurs accidents fluviaux ont été enregistrés, notamment dans les provinces du Kasaï et du Tanganyika. L’accident survenu sur la rivière Lovua a fait 17 morts, 4 rescapés et plusieurs disparus. Celui d’une pirogue motorisée entre les villages de Lubinduy et Mutakuya, dans la province du Tanganyika, a causé 36 décès confirmés et 56 rescapés.

Face à un déficit critique de financement, la communauté humanitaire en République démocratique du Congo est contrainte de prioriser strictement sa réponse en 2026. C’est dans ce contexte que le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la communauté humanitaire ont lancé, le mercredi 28 janvier 2026 à Kinshasa, un appel urgent de 1,4 milliard de dollars américains afin de répondre aux besoins humanitaires dans le pays pour l’année 2026.

Selon les deux parties, ces ressources sont indispensables pour venir en aide à des millions de Congolaises et de Congolais pris au piège de l’une des crises humanitaires les plus prolongées et les plus négligées au monde. À défaut de financements suffisants, la réponse humanitaire en 2026 sera recentrée sur 7,3 millions de personnes, sur près de 15 millions ayant des besoins vitaux en assistance et en protection.

Le lancement du Plan de réponse aux besoins humanitaires pour la RDC (2026) est intervenu dans un contexte particulier de polycrise multidimensionnelle d’une ampleur inédite, combinant trois éléments déstabilisateurs majeurs : d’une part, une spirale de violence qui s’étend de l’Ituri au Tanganyika ; d’autre part, la présence d’une autorité de facto dans des zones clés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, deux provinces où les besoins humanitaires sont très importants ; et enfin, une crise majeure du financement de la réponse humanitaire.

Clément MUAMBA