Dans le groupement Kisimba, en territoire de Walikale (Nord-Kivu), la population dénonce la recrudescence des barrières illégales et des taxes imposées par des wazalendo. Plusieurs villages sont concernés par ces pratiques qui aggravent la précarité des habitants déjà affectés par l’insécurité persistante dans la zone.
Selon des sources locales concordantes, des barrières de perception illégales ont été érigées notamment dans les villages de Mukondoli, Banamatumo et Bana Muruhya. À chaque passage, les civils sont contraints de payer jusqu’à 5 000 FC, sans aucune justification officielle.
Outre ces paiements ponctuels, un système de taxation mensuelle est également imposé aux populations. Dans les villages de Banankoyo, Mukondoli, Baruko et Banamatumo, chaque personne majeure est obligée de verser un jeton mensuel de 5 000 FC pour continuer à vivre dans ces localités.
Ce phénomène n’est pas nouveau dans cette partie du territoire de Walikale. Des sources indépendantes et des rapports antérieurs font état de la multiplication des barrières illégales et des prélèvements forcés par des groupes armés dans le groupement Kisimba, contribuant à un climat de prédation et d’insécurité généralisée.
Les habitants décrivent une situation étouffante, où chaque déplacement devient un fardeau financier.
"Pour aller vendre mes produits au marché, je dois payer 5 000 FC à la barrière. Au retour, c’est encore la même chose. À la fin, je travaille presque à perte", témoigne une habitante de Mukondoli.
Un motard de la zone déplore également ces tracasseries. Selon lui, les menaces sont devenues leur quotidien.
"Même si tu ne transportes rien, tu dois payer. Si tu refuses, ils te menacent ou confisquent ta moto. Nous sommes obligés de nous soumettre".
Un autre habitant de Banamatumo évoque la pression permanente.
"Chaque mois, on paie 5 000 FC par personne adulte. Si tu n’as pas l’argent, tu es considéré comme suspect ou complice d’un autre groupe. On paie juste pour rester en vie", confie-t-il sous anonymat.
Ces taxes illégales pèsent lourdement sur les activités économiques locales. Les agriculteurs et petits commerçants voient leurs revenus diminuer drastiquement, tandis que le coût des produits augmente sur les marchés locaux.
Selon des acteurs de la société civile, ces pratiques entravent la libre circulation des personnes et des biens, aggravant davantage la crise humanitaire dans une zone déjà fragilisée par les conflits armés.
Des situations similaires ont été signalées sur plusieurs axes routiers du Nord-Kivu, où les transporteurs dénoncent des paiements cumulés très élevés liés à la prolifération des barrières illégales.
Face à cette situation, les habitants en appellent au démantèlement urgent de toutes les barrières illégales dans le groupement Kisimba et à l'intervention des autorités étatiques pour restaurer l’autorité de l’État dans la zone. Ils invitent aussi les autorités à renforcer la sécurité pour protéger les civils contre les groupes armés et appuyer les organisations de défense des droits humains pour procéder à une surveillance accrue de violation des droits humains dans la zone.
"Nous demandons au gouvernement de venir voir ce que nous vivons ici. Nous souffrons en silence", lance un notable local.
Le groupement Kisimba reste l’une des zones les plus instables du territoire de Walikale, marquée par la présence de plusieurs groupes armés et des affrontements récurrents. Cette insécurité favorise l’émergence de systèmes de taxation illégale qui plongent davantage les populations dans la vulnérabilité.
En l’absence d’une réponse ferme des autorités, les habitants craignent que ces pratiques ne s’intensifient davantage, rendant leur quotidien encore plus difficile.