Comme lors de sa rencontre avec la commissaire européenne chargée de la Préparation et de la Gestion des crises ainsi que de l’Égalité, Hadja Lahbib, et dans un contexte où la communauté internationale et humanitaire dresse un constat sans détour qualifiant la situation humanitaire dans l’est de la RDC de " catastrophique ", Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, continue d’opposer une lecture radicalement différente.
Lors de son premier face-à-face avec James Swan, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef de la MONUSCO, vendredi 24 avril 2026 à Goma ( Nord-Kivu), dans le cadre de sa première descente sur le terrain dans l’Est de la RDC, l’ancien président de la CENI a affirmé que, dans les zones sous son contrôle qu’il qualifie de "territoires libérés", il n’existe plus de camps de déplacés. Il soutient toutefois que la situation reste plus grave dans les zones sous contrôle du gouvernement de Kinshasa.
"Les mouvements des humanitaires ainsi que l'acheminement de l'aide humanitaire dans les zones stabilisées ne rencontre aucun obstacle pour atteindre leur destination. Par contre, c'est du côté gouvernemental où l'on soumet les humanitaires locaux ou internationaux opérant dans les zones libérées à des mesures punitives pour la simple raison que leurs passeports ou autres documents de voyage portent le stamp de l'AFC-M23", a fait remarquer Corneille Nangaa, Coordonnateur politique de l'AFC/M23.
M. Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante, espère qu’à la suite de la visite du chef de la MONUSCO à Goma, il sera possible de ramener les autorités de Kinshasa à reconnaître l’importance de la réouverture des banques, de l’acheminement de l’aide humanitaire dans les Hauts et Moyens Plateaux, ainsi que du respect des droits humains.
"Nous avons espoir que votre séjour à Goma vous permettra de jouer un rôle efficace afin de ramener le régime de Kinshasa : Au respect du Droit International Humanitaire (DIH) et le Droit International des Droits de l'Homme (DIDH); A la prise en compte des difficultés endurées par la population qui est privée de l'accès à ses épargnes et assurer la réouverture des banques et des sociétés de micro-crédits; A l'agréement de l'acheminement par la MONUSCO de l'aide humanitaire par des survols humanitaires en faveur des populations des Moyens et Haut-plateaux de Fizi, meurtries par le blocus leur imposé par le régime de Kinshasa", a plaidé Corneille Nangaa, président de la CENI.
À cette liste de doléances, l’AFC/M23 attend également l’implication du chef de la MONUSCO dans le processus de mise en œuvre du cessez-le-feu. Le mouvement reconnaît que, malgré des relations parfois tendues avec la MONUSCO, Corneille Nangaa a tenu à remercier la mission des Nations unies pour sa collaboration avec l’AFC/M23.
"Monsieur le Représentant Spécial, nos remerciements s'adressent à vous ainsi qu'à toute votre équipe, pour votre collaboration avec l'AFC-M23. Il est vrai que, par le passé, nous avons connu des divergences. Il est temps de reconsidérer nos rapports aux fins de donner une chance aux processus de paix encours et dans lequel notre Organisation est résolument engagée. Votre implication dans la mise en œuvre du Mécanisme Conjoint de Vérification Élargi Plus (MCVE+)/EJVM+ sera déterminante", a martelé Corneille Nangaa, ancien président de la CENI.
La visite de M. Swan à Goma survient une semaine après les pourparlers tenus à Montreux entre les représentants du gouvernement de la République démocratique du Congo et ceux de l’Alliance Fleuve Congo–Mouvement du 23 mars (AFC/M23), dans le cadre du processus de Doha, avec la facilitation du Qatar, des États-Unis et de l’Union africaine, la Suisse ayant servi de pays hôte.
Comme indiqué dans le dernier communiqué de la MONUSCO, M. Swan a, à son arrivée à Goma, salué ce qu’il considère comme des « avancées » vers la signature d’un protocole sur l’accès humanitaire et la protection des civils. Il a encouragé les parties à maintenir leur engagement afin de parvenir rapidement à un accord, en vue de mettre fin au conflit.
À À Goma, le chef de la MONUSCO a rappelé que sa visite, à l’instar de celle de son adjointe Viviane Van de Perre en février dernier, s’inscrit dans une démarche essentielle de mise en œuvre du cessez-le-feu. Selon le diplomate onusien, la ville de Goma occupe une place centrale dans les efforts actuels en faveur de la désescalade, de la protection des civils et de l’appui au processus de paix en cours.
Clément MUAMBA