Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et l’association congolaise Culture pour la Paix et la Justice (CPJ) ont publié un rapport de leur mission menée en RDC, qui a documenté une augmentation significative des condamnations à mort au pays, consécutive à la levée du moratoire sur la peine de mort, en mars 2024.
Mais les résultats de la mission vont au-delà des chiffres jusqu’à interroger les conditions carcérales dans lesquelles plus de 1000 Congolais condamnés à la sentence de mort en 2024 vivent. À la prison centrale de Makala tout comme à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, le rapport signalent une surpopulation outrancière, au point que certaines cellules reçoivent jusqu’à 260 prisonniers. Ceux sur qui pèse la peine capitale sont sans espoir de sortir.
«À la prison centrale de Makala, la surpopulation est estimée à environ +1000 %, avec près de 15 000 détenus pour 1 500 places. À Ndolo, certaines cellules accueillent jusqu’à 260 personnes, avec moins de 1 m² par détenu. Dans ce contexte, les personnes condamnées à mort subissent une détention sans perspective de sortie, qualifiée par les organisations de “peine de mort par abandon” », renseigne le document parvenu à ACTUALITÉ.CD
À ces conditions s’ajoutent une insalubrité criante dans les maisons carcérales au pays, où l’accès à l'eau, la nourriture et aux soins demeure «très limité», ajoutent ces organisations.
Des détenus interrogés par les enquêteurs ont avoué être classés «comme des chinchards pour dormir», et parlent d’une «vie en enfer ». D’autres disent avoir l’impression d’être dans «un cercueil» à cause de l’entassement dans des cellules extrêmement petites.
«L’absence d’horizon judiciaire alimente une crise psychologique silencieuse, résumée par un détenu à Kalemie : « Nous sommes morts avant même qu’on nous tue. », poursuit le rapport.
Et face au chaos persistant dans les prisons en RDC, ces organisations ont formulé quelques recommandations aux autorités Congolaises. Elles les invitent à:
—Engager une évolution rapide vers l’abolition de la peine de mort et à suspendre toute exécution en préparation, le cas échéant ;
—Renforcer les normes internationales en matières de procès équitable, en particulier l’assistance d’un avocat dès le début de la procédure, et de mettre fin aux pratiques de torture ou de traitements coercitifs et à garantir les conditions minimales de détention des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires, ainsi qu’à renforcer la transparence sur les données relatives à la peine de mort.
Intitulé : dans l’enfer des volte-face politique : la situation des personnes condamnées à mort en RDC, ce nouveau rapport sur la RDC évoque plus de 480 condamnations à mort prononcées au cours de la seule année 2024, soit une augmentation de +300 % par rapport à 2023, et le niveau le plus élevé enregistré au cours de ces vingt dernières années.
La mission a pû identifier près de 1000 personnes condamnées à mort dans les 19 établissements visités, contre environ 510 lors de la précédente mission en 2019. D’après elle, certaines estimations donnent un total national pouvant dépasser 1 450 personnes, plaçant ainsi la RDC parmi les pays comptant le plus grand nombre de condamnés à mort sur le continent africain.
Samyr LUKOMBO